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Les langues utilisées à l'époque carolingienne

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On peut considérer que, jusqu'au Serment de Strasbourg, en 842, les peuples carolingiens, inclus dans l'Empire, parlent essentiellement le "latin vulgaire" au Sud de la Loire et de la Loire au Rhin et des parlers germaniques à l'Est du Rhin. Les élites, elles-parlent parfois le latin mais, le plus souvent la langue pratiquée par leur peuple. Les clercs maintiennent vivant un latin que l'on peut qualifier de "classique"; ils l'utilisent pour la liturgie et les prêches et s'efforcent de le faire se perpétuer dans les actes de chancellerie. D'une façon générale, latin vulgaire et parlers germaniques -dans un premier temps- sont les langues de la parole; le latin est la langue de l'écrit et la langue de l'administration. Le Serment de Strasbourg, par lequel les deux frères Louis le Germanique et Charles le Chauve se promettent mutuellement fidélité, montrent que les choses ont changé en l'espace d'une génération: les différentes variétés de latin vulgaire, dans la partie occidentale de l'Empire, se sont alors transformées en les langues romanes, ces langues-ancêtres des langues européennes modernes. Pour les clercs, il n'existait que trois langues sacrées depuis la destruction de la tour de Babel: l'hébreu, le grec et le latin, les trois langues que Pilate avait fait porter sur la Croix

Le latin et le latin vulgaire

Pour parler simple, on peut dire que le latin tel qu'on le connaît par les textes de l'Antiquité est le latin qui était parlé et utilisé par les élites de Rome. Ce latin, d'ailleurs avait déjà subi l'influence de la littérature grecque ancienne car Rome, à partir du IIème siècle avant notre ère, avait subi l'influence de ses conquêtes dans la partie orientale de la Méditerranée. Les élites romaines, ainsi, parlaient également couramment le grec et le latin était la langue de l'Etat. Le peuple romain, les soldats, les marchands romains, eux, parlaient un latin spécifique, parlé qui différa du latin classique par le vocabulaire, puis par la syntaxe et la grammaire (ce latin, par contre, était celui de l'antique Rome, d'avant l'influence hellénistique). On appelle ce latin le "latin vulgaire". C'est ce latin-là que les légions de Rome apportèrent chez tous les peuples conquis et le latin vulgaire eut ainsi de nombreuses variantes, fonction des régions de l'Empire, ces variations existant aussi bien en termes de société, de localisation que de chronologie. Le latin littéraire, au fur et à mesure que le temps passa dans l'Empire, fut influencé de formes et de tournures du latin vulgaire, tendant à s'éloigner de ses formes classiques, du temps de Cicéron, par exemple

Le sort des langues dans le monde occidental après la chute de Rome et avant l'époque carolingienne

Alors que les parties orientales de l'ancien empire romain restaient sous la forme impériale et devenaient un empire parlant grec, un latin écrit (le "latin médiéval") et le latin vulgaire, dans les parties occidentales, continuèrent d'être les deux langues en usage. Le latin écrit avait été "fixé" dans la forme qu'il avait atteinte au VIème siècle, tel que par exemple dans les codifications de Justinien ou au sein de l'Eglise catholique. Surtout, il devint la langue de l'Eglise et des érudits, la langue de la culture des élites. Ce latin classique tardif, de plus, restait la langue officielle de tous les royaumes barbares qui étaient apparus dans cette partie de l'ancien Empire romain. Les peuples, eux, pendant ces débuts du Haut-Moyen Age et jusqu'à l'époque carolingienne, continuèrent de parler différents type de latin vulgaire. Bien sûr, progressivement, le fossé tendit à s'élargir entre le latin des élites -la langue officielle- et ces latins parlés mais ce fossé ne parvint pas à se traduire en une rupture réelle du latin officiel. La plupart des auteurs pensent maintenant que ce latin officiel continua d'être compris par les peuples des royaumes d'Occident bien que le latin vulgaire qu'ils utilisaient tendait à s'en rendre de plus en plus distant. Les gens du peuple, ainsi, pouvaient comprendre le latin quand il était utilisé à la messe, pour la lecture de l'Evangile, pour la liturgie, et même pour les sermons -dès lors que ceux-ci restaient d'un niveau accessible. Ainsi, les vies des saints, dans les monastères, pouvaient encore être lues en latin et être comprises. Cet état de fait resta vrai jusqu'au milieu du VIIIème siècle, moment où les langues vernaculaires devinrent réellement éloignées du latin, devenant, depuis le VIIème siècle, des variétés très dégradées de latin (grammaire, accents), avec variantes locales, que l'on appelle aussi "lingua romana rustica" ou "langues vernaculaires". Et on peut penser que les diverses périodes au cours desquelles la culture déclina, en Occident, tant chez les élites que chez le peuple, ajouta probablement à cet éloignement

L'évolution à l'époque carolingienne

La renaissance carolingienne voulut redonner au latin sa pureté, s'efforçant de faire apprendre un latin correct. Cette réforme porta ses fruits mais cette régulation du latin, langue officielle et langue d'Eglise, libéra, en quelque sorte, les langues romanes. Une évolution nette se constate dans le monde occidental à l'époque carolingienne: d'une part, les preuves sont claires -à partir des réunions ecclésiastiques et de leurs décisions- que les peuples, à cette époque, ne peuvent plus comprendre le latin officiel, celui de la messe, par exemple. Un concile à Tours, en 813, par exemple, ordonne aux prêtres de désormais prêcher en langue vernaculaire, que ce soit le latin dégradé ou une langue germanique. Ces langues vernaculaires, ainsi, au début de la période carolingienne, n'avaient fait qu'atteindre le début de leur phase finale de transformation en langues nouvelles. Sans la dislocation de l'Empire carolingien, une langue intermédiaire serait sans doute apparue, entre latin et allemand, qui aurait été la langue de l'Empire, ou un bilinguisme. Il existait aussi des langues "régionales", ainsi le basque ou le breton

L'évolution finale de ces langues nouvelles -les langues "romanes"- se fit en l'espace d'une génération. Le Serment de Strasbourg, ainsi -un texte est en roman, l'autre en ancien haut allemand- montre bien que les langues de l'Ouest, à l'époque, étaient devenues des langues totalement différentes du latin, fût-il le latin vulgaire et que, d'autre part, les élites commençaient d'admettre l'existence de ces langues non-latines au point de les admettre comme langues de rédaction d'un traité. A une époque où les princes, les fonctionnaires de la cour carolingienne devaient être bilingues (latin dégradé et germanique) voire trilingue, le roman commença d'être pratiqué par Louis le Pieux, l'officialisation de ces langues "nouvelles" se faisant au Serment de Strasbourg de 842. D'où l'existence de glossaires, liste de mots traduits, ancêtres des dictionnaires de langue tels le glossaire de Reichenau ou celui de Cassel et d'interprètes. Le point tournant du passage du latin vulgaire aux langues romanes fut lié au développement, par chaque peuple, de leur propre orthographe, leur propre syntaxe et leur propre grammaire, donnant ainsi naissance à des langues nouvelles. Ces langues romanes étaient fortement apparentées entre elles et au latin et au latin vulgaire, leurs ancêtres communs comme elles le sont encore aujourd'hui, d'ailleurs. Toutes les langues romanes, ainsi, viennent essentiellement du latin vulgaire, par le biais de l'influence des langues des peuples de telle ou telle région de l'Ouest de l'empire Romain -ainsi les Celtes pour la France, ou les Celtibères pour l'Espagne. Les langues romanes sont des langues assez pauvres, avec peu de grammaire et qui ont repris des mots germaniques, dans les régions du Nord, ou arabes au Sud. Dès le début de leur évolution, les langues romanes se partagent en les deux grandes branches que seront la langue d'oil et de la langue d'oc. L'Aquitaine fut la terre de prédilection de l'évoluton vers les langues romanes (la prononciation y variait selon les régions)

Voici, par exemple, trois phrases en langues romanes, comparées à leur original en latin:

Le latin que la Renaissance carolingienne s'efforcera d'améliorer sera le latin officiel -celui préservé par l'Eglise, mais, du fait du déclin de celle-ci, affecté de diverses formes de corruption. Certains pensent que le latin pratiqué à la cour d'Austrasie aurait été moins corrompu par l'environnement, puisque les élites carolingiennes parlaient un parler germanique et non un latin qui aurait été au contact du latin dégradé vernaculaire. Le maintien du latin comme langue des actes royaux avait été le fait de l'Eglise. Après la réforme, cependant, la chancellerie carolingienne ou les actes de la pratique notariée voire l'enseignement feront naître un latin plus simplifié que ce à quoi visait la Renaissance carolingienne. A partir du IXème siècle, l'identité des peuples germaniques passa progressivement d'une vue ethnique à une vue nationale. Un exemple en est que les Francs cessèrent d'être appelés -et de s'appeler eux-mêmes- Francs alors que des peuples qui n'étaient pas Francs mais gouvernés par des Francs commencèrent de s'appeler -et d'appeler leur pays- Francs. Typique de cela est le duché de Franconie, centré sur Francfort-sur-le-Main, en Allemagne. L'évolution, cependant, prendra jusqu'au Moyen Age pour ce qui est de la France proprement dit puisque les rois capétiens continuèrent de porter longtemps le titre de "Rex Francorum", "roi des Francs" plutôt que "Rex Franciae", "roi de France". Le francique lui-même, la langue de la cour carolingienne, se divisait déjà en dialectes

Plus de détails sur les langues germaniques

Les langues germaniques sont liées aux peuples germains, c'est-à-dire ces peuples qui migrèrent, à partir du Ier millénaire avant notre ère, depuis la Scandinavie en Europe du Nord et Europe centrale. Les différents languages germaniques, ainsi -l'anglais, le hollandais, ou l'allemand même, par exemple- ont une origine commune qui est le langage qu'utilisaient ces peuples lorsqu'ils ont quitté leurs terres d'origine. L'identité est telle, que malgré une évolution, tous ces peuples germains pouvaient encore relativement facilement se comprendre pendant toute la période du "Vökerwanderung", cette grande migration des Germains, entre 300 et 700. Dès cette époque cependant, ce language germanique commun avait commencé de se différencier en trois types: la branche occidentale, la branche orientale et la branche nordique ou scandinave. La branche occidentale était parlée par les tribus qui s'étaient installées dans le Nord de l'Allemagne, ou près de l'Elbe ou encore près de la Weser et du Rhin; la branche orientale était celle des tribus, telles les Goths, les Burgondes et les Vandales, installés loin au sud-est, entre Elbe et Vistule; et la branche nordique était celle des peuples qui étaient restés en Scandinavie ou ne s'étaient avancés que jusqu'au Danemark

A partir de là, enfin, au sein de la branche occidentale, l'"ancien haut-allemand" apparut, à partir de vers l'an 600, comme la langue parlée par les peuples germaniques situés entre les terres franques, près du Rhin, et la frontière nord de la Suisse actuelle et celles de Bavière et de l'Autriche actuelle. L'anglais, le hollandais et le saxon, dans le même temps, devinrent des langues individualisées. D'une façon générale, cette différentiation n'empêcha pas la proximité des quatres langues. Comme l'écrit, dans le monde germanique, n'était apparu qu'aux IIIème et IVème siècle, les langues germaniques, au contact des populations rencontrées lors de la Völkerwanderung, furent polluées (moins, sans doute, que le latin vulgaire) par des emprunts à ces langues, ainsi qu'au latin. L'ancien haut-allemand continuaient de connaître de très nombreux dialectes, empêchant que l'allemand ne devînt une langue unifiée avant les époques suivantes du Moyen Age. Comme ces dialectes émergèrent au sein des scriptoria de la Germanie, qui, chacun, créaient le sien propre, on appelle aussi cette langue allemande, les "dialectes des monastères". Ils se répartissent entre différentes variétés: ainsi, les dialectes du centre (moyen Franconien, Franconien de l'Est, Thuringien ou Franconien de l'Ouest (les Francs du Nord de la Gaule) et ceux dits du haut de l'Allemagne (alémanique, bavarois ou lombard). La faculté qu'avaient les peuples parlant les langues germaniques des branches occidentale, orientale et nordique de se comprendre entre eux devint compliquée à partir du Xème siècle. Le "bas-allemand", la langue parlée en Frise, en Saxe et en Thuringe sera à l'origine de l'anglais

L'Eglise exerça une forte influence sur les langues germaniques, introduisant, d'abord, le latin comme la langue du culte, mais, aussi, utilisant les langues locales pour l'évangélisation et, enfin, elle joua aussi un rôle très important par les scriptoria des monastères et des abbayes, où les moines traduisaient en ancien haut-allemand les textes sacrés et ceux de l'Antiquité. Les parlers germaniques eurent tendance à s'étendre vers l'Ouest et le Sud, sur les aires où ils existent encore aujourd'hui (Lorraine, Alsace, Suisse, par exemple voire arrière-pays de la Manche avant que celui-ci ne repasse à l'influence romane au Moyen Age). Certains peuples germains furent rapidement romanisés, particulièrement dans les régions de l'ancien empire Romain où ils étaient nettement une minorité par rapport aux populations locales (Gaule, Italie, Espagne, par exemple), alors qu'ils restèrent germanisés dans les pays de moindre influence romaine (ainsi en Frise, ou en Angleterre). Pour ce qui est des Francs, on retrouve cette différence: les Francs Saliens perdirent vite leur parler germanique, comme les Burgondes ou les Wisigoths au profit du latin -pour les élites- ou du latin vulgaire -pour le peuple. Les Francs Ripuaires, eux, dans un milieu plus germanique, conservèrent leur langue, qui passa aux Carolingiens. Dans les pays mosellans et rhénans, cependant, les paysans usaient aussi du latin dégradé. Charlemagne, en tant qu'Austrasien, parlait le "francique", le franc ripuaire -sa langue natale- le latin -qu'il parlait encore mieux- et il comprenait le grec. Dans les pays germaniques, qui n'étaient pas des pays de langue latine, l'imposition du latin fut difficile et, tôt, les clercs avaient dû expliquer les rudiments de la religion en langue locale et les écoliers des monastères parlaient entre eux leur langue. Même Alcuin dut admettre que la règle bénédictine devait être expliquée en germanique. Le bilinguisme, dans les pays de langue germanique, fut de courte durée. Des îlots de parler latin (puis roman ou rhéto-roman (ou "ladin")) se sont perpétués dans les terres germaniques, ainsi Salzbourg, Coire, Frioul. Les parties les plus à l'Est des territoires d'influence franque, enfin, furent des régions d'influence hunique, slave ou hongroise, sans prendre en compte, de plus, que le travail d'évangélisation, dans ces régions, a pu être le fait de clercs venus de Byzance

Le latin de l'Eglise

L'Eglise parlait d'abord grec et les premières traductions des textes sacrés avaient d'abord aussi été faites dans cette langue. Lorsque l'Eglise se développa essentiellement dans un cadre parlant latin, le latin de Cicéron avait déjà cédé la place à un latin plus déclinant. Et ce fut de ce latin moins avancé, plus populaire, que l'Eglise fit sa langue de la liturgie. Le fait, de plus, que l'annonce de la Bonne Nouvelle se faisait essentiellement par les prêches, donc oralement, conduisit certainement à ce que le latin d'Eglise emprunta aussi à un latin plus populaire, de façon à ce que le message pût être reçu de tous, des élites au peuple. De façon remarquable, le développement du latin dans l'Eglise ne se fit pas à partir de Rome ou de l'Italie mais de l'Afrique, car c'est là que se trouvait le plus grand nombre de convertis parlant latin. Le grec, ainsi, resta la langue de l'Eglise en Italie et au Nord de la Méditerranée jusque vers 250. St Jérôme, par ailleurs, traduisit, au IVème siècle, la Bible en latin (la célèbre "Vulgate"), installé au Proche-Orient. Bien qu'empruntant au latin populaire quelque peu, le latin de l'Eglise préserva aussi le latin classique, celui des écrivains, tel qu'il avait évolué jusqu'à cette époque. Mais, alors que le latin venait de devenir la langue officielle de l'Eglise, celle-ci fut immédiatement confrontée aux invasions barbares et à la chute de Rome. Et, là aussi, l'Eglise joua un rôle important en ce sens qu'elle maintint vivant le latin classique, aussi bien pour son usage propre, ecclésiastique, que comme langue officielle et d'Etat. La renaissance réussit à redonner au latin une certaine pureté. Le latin, langue de l'administration, pouvait aussi être un facteur d'unification

Au début du IXème siècle, le latin n'était plus compris du peuple et les clercs, dès 813, durent traduire leurs sermons en langue romane ("rustica romana lingua") ou en germanique. Les lettrés furent finalement les seuls à continuer de parler latin. Le latin continua d'être utilisé pour la liturgie et les prières, les hymnes et les différents livres ecclésiastiques. La théologie aussi en eut son profit: les Pères de l'Eglise créèrent de nouveaux mots, qui permettent de rendre les concepts théologiques et les théologiens suivants continuèrent cette tendance (ce latin du Moyen Age, des "temps obscurs", celui, finalement, de la scholastique, fut cependant, au moment de la Renaissance, au XVIème siècle, considéré comme obscur et trop éloigné du classicisme). Pour ce qui est de la liturgie, certaines parties, aux temps carolingiens, ont pu être dites en langues vernaculaires, soit les langues pré-romanes ou romanes, soit les langues germaniques

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