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La médecine

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La médecine antique

On pense que la médecine est apparue en Mésopotamie et en Egypte au IIIème millénaire avt. J.-C. 800 tablettes concernant des sujets médicaux -dont la maladie, le diagnostic, la prescription de médicament et de sorts en tant que traitement- constituent les premières réfèrences à la médecine et l'art médical dont on ait une trace. On considérait alors le péché comme la cause principale de la maladie et la confession constituait un élément important de la thérapie; on pensaut aussi que 6000 esprits mauvais étaient capables de causer les maladies. Les guérisseurs, en Mésopotamie étaient les prêtres et certaines personnes plus proches des médecins actuels (les deux rôles pouvant être assurés par une même personne). Une forme de médecine à tendance logique et débarassée de la magie -mais pas de la religion- se développe en Egypte, où l'on prend quelque distance d'avec le concept de maladie rétributive liée au péché. C'est vraisemblablement de cette époque que date une grande partie de nos herbes médicinales et, par le biais de la momification, les Egyptiens sont à l'origine des connaissances anatomiques. Les médecins de l'époque reçoivent une formation, établissent des diagnostics, usent de thérapies diverses, ont des clientèles ou des lieux d'exercice. Il existe des centres de soins. Imhotep, haut fonctionnaire, architecte, grand prêtre et poète, fut également le médecin emblématique de l'Egypte ancienne. Peu à peu divinisé, hellénisé sous le nom d'"Imouthès", il est possible qu'il soit à l'origine du dieu grec de la médecine, Esculape. La maladie, en Egypte reste signe cependant d'une prise de possession du corps par des éléments surnaturels. Ywti, le médecin de Ramsès Ier et Sethi II, énonce que les maladies sont la conséquence du mauvais fonctionnement des organes. Et il est possible que les médecins sumériens soient parvenus au même point de vue. La pharmacopée, bien qu'encore marquée par la superstition (on utilise des ingrédients qui dégoûtent les esprits malins), se retrouvera parfois jusqu'au XVIIIème siècle (fientes de mouche et d'autruche, des excréments de lion, de panthère, de crocodile et de gazelle) alors que d'autres produits ont toujours une efficacité reconnue: mandragore, levure de bière, jusquiame, pavot et opium. Les Egyptiens ont également de bonnes connaissances en matière de chirurgie: on trouve sur les momies des traces de fractures correctement réduites. Les connaissances anatomiques des Egyptiens sont cependant limitées et s'ils connaissent le coeur et les vaisseaux, ils en modèlent le fonctionnement sur celui du Nil et les connaissances circulent mal (problèmes de langue avec les connaissances des Chaldéens; transmission essentiellement orale des connaissances). Le clergé, enfin, a sans doute freiné ce développement d'une vision scientifique puisqu'il fondait son pouvoir et sa richesse sur la peur de la mort et de la maladie, les reliant aux dieux seulement. Les succès en matière de chirurgie est dû au fait que l'acte chirurgical est un acte pragmatique et qui s'augmente par l'expérience. Il ne présente pas le caractère raisonné de la connaissance médicale. Les Hébreux, eux, apportèrent un intérêt centré sur la justice, la compassion et la gentillesse et les concepts de rétribution divine, pureté/impureté, lois alimentaires, lèpres et contagion pour ce qui est de la médecine

L'invention de la médecine, plus traditionnellement, est attribuée aux Grecs, même s'ils se tournèrent d'abord vers l'idée que la maladie était causée par les dieux. Il est possible, cependant, que le plus grand saut qualitatif des Grecs en la matière ait eu lieu du fait de leur contact avec les connaissances égyptiennes, sous la dynastie des Ptolémées, cette dernière lignée de souverains égyptiens, descendant d'un lieutenant d'Alexandre le Grand. En-dehors du fait que le panthéon grec compte de nombreux dieux et déesses de la médecine (Jupiter lui-même, son fils, Apollon, Esculape, fils d'Apollon. Les deux filles d'Esculape, Hygie et Panacée), ce sont les premiers philosophes qui, au VIème siècle avt J.-C., commencent de poser les bases d'une évolution en dissociant la médecine de la magie. Dans cette lignée, Pythagore (théorie des quatre éléments, que l'on retrouve dans le corps humain: la terre, le feu, l'eau, l'air), Thalès de Milet ou Démocrite (un classement des médicaments) sont des exemples parmi d'autres. Hippocrate (vers 460-470 avt J.-C.) passe pour un des pères de la médecine. Interrogeant et examinant le malade, pratiquant la chirurgie, utilisant divers thérapies (saignées, cautères, purgatifs et vomitifs, pharmacopée minérale, végétale et animale) il édicte des principes généraux -les "aphorismes"- qui resteront une base pour la médecine jusqu'au XVIIIème siècle. Il perpétue la théorie des quatre éléments, associés à quatre caractères (le chaud au feu, le froid à l'eau, le sec à la terre et l'humide à l'air) et à quatre humeurs (le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire). Il tend à encore dissocier la médecine du religieux. D'une famille de prêtres-médecins d'Esculape, il fréquentera Démocrite à Athènes. Sa devise "primum non nocere" ("avant tout ne pas nuire") ou son premier aphorisme ("La vie est courte, la médecine est vaste, l'expérience trompeuse, et l'occasion fugitive") sont célèbres et fondent l'"art médical". Chez les Grecs, médecine et philosophie auront toujours été proches. Pendant 22 siècles, cependant, la saignée et le lavement resteront les deux théérapies de base

Platon (428-348 avt J.-C.) ajoute à ces considérations sur la médecine le concept de "pneuma", un souffle vital qui est à la base du fonctionnement général des organes. Le "pneuma" appartient à la fois à l'air et au feu. Aristote, lui, n'apporte que quelques découvertes anatomiques qui ne sont fondées que sur des dissections d'animaux, du fait de son intérêt pour la seule zoologie. L'Egypte des Ptolémées, enfin, permettra l'apparition des premières dissections chez l'homme mais ces découvertes seront peu connues, les médecins d'alors étant méfiant vis-à-vis de l'anatomie

La médecine des Grecs, ensuite, passe à Rome, la nouvelle puissance de la Méditerranée. Ils étaient revenus à la croyance en la maladie conséquence de la rétribution divine et il existait quelques 732 temples et "lieux saints" où l'on venait en pélerinage, signe que Rome continuait d'associer des cultes guérisseurs avec des dieux et déesses spécifiques. On n'y connaissait alors comme médecins que les barbiers et les esclaves. Rome donnera deux grands médecins: Celse au Ier siècle de l'ère chrétienne et Galien au IIème siècle. Celse écrit le premier ouvrage complet de médecine, classant les maladies en celles qui sont guéries par un simple régime, celles guéries par les médicaments et celles amenant une intervention chirurgicale. Galien, lui, axe la médecine sur la notion d'organe: chaque maladie est liée à la lésion d'un organe, fondant la médecine "organiciste". Il conserve cependant la théorie des éléments et des humeurs. Il leur associe les fameuses quatre "complexions" ou "tempéraments". Sa renommée sera telle que son désintérêt de la chirurgie décriera cette branche de la médecine jusqu'à la Renaissance. Né à Pergame, en Asie mineure, ayant voyagé en Méditerranée pour s'y former, il fut médecin des gladiateurs de la ville puis de Marc-Aurèle, l'empereur-philosophe. Il sera aussi un apothicaire renommé, inventant la "préparation galénique" autorisant la stabilité des préparations. Par ailleurs, revenant toujours à la langue grecque pour rédiger ses traités, Galien sera à l'origine de la "sur-utilisation" des termes grecs en médecine, y compris jusqu'à nos jours. Galien reprendra la tradition grecque de la proximité d'avec la philosophie. Rome, enfin, compte les premiers hôpitaux, pour les vétérans et les infirmes et pratique une politique de l'hygiène publique (fontaines, égoûts, latrines publiques, thermes, etc). D'une façon générale, certains pensent que, dès l'Antiquité, médecine humaine et animale (médecine vétérinaire) s'apportèrent mutuellement. Le premier christianisme sanctifia la maladie, développa la philanthropie médicale de l'Eglise primitive et fut à l'origine des hôpitaux

De Byzance aux Carolingiens

La médecine de la fin de l'Empire romain et du haut-Moyen Age passe à Constantinople (au IVème siècle) et produit de nombreux progrès et travaux théoriques (Oribase -325-403- produit une encyclopédie et plusieurs ouvrages sur la pharmacopée; Alexandre de Tralles; Paul d'Egine -mort en 690). Des hôpitaux accueillent, dans les villes de l'Empire byzantin, les malades. Pour ce qui est de l'Occident, les Pères de l'Eglise ont privilégié Galien du fait de ses vues monothéistes. La conquête arabe de l'Est de la Méditerranée fait passer ces connaissances, comme d'autres, aux Arabes. C'est également chez les Byzantins que les Arabes trouvent l'héritage de la médecine grecque ancienne. Le plus connu des premiers médecins arabes est Abu Bakr Muhammad Ibn Zakaria ar Rasi, ou Rhazès, à la fin du IXème siècle, qui décrit des pathologies (goutte, calculs rénaux, variole ou rougeole) et ses élèves organiseront son enseignement en une encyclopédie, le "Continens". Dans le monde islamique, au Moyen Age, le lien entre les causes divines et naturelles fut clairement formulé, Allah étant la cause première de la guérison du fait qu'il avait doté de pouvoirs les substances médicales employées en thérapie. Avicenne allait être l'autre grand médecin du monde arabe . Pour ce qui est de l'Occident, l'Eglise n'aurait pas dû faire montre d' intérêt pour la médecine puisqu'elle privilégie une conception "théologique" de la maladie et donc sa guérison essentiellement en termes d'extirpation du péché. Ce sera cependant l'Eglise qui, par le biais de la préservation des manuscrits de l'Antiquité, perpétuera la médecine en tant que science rationnelle

L'hygiène et la diététique, à l'époque carolingienne, prévalent peut-être sur la médecine proprement dite. Le bain hebdomadaire est de coutumes chez les Grands et les bains se trouvent dans ou près des monastères. Dans leur fonction médicale, les monastères pratiquent régulièrement la saignée ("flebotomia"), y compris pour leurs membres et utilisent un ouvrage de Bède le Vénérable pour connaître quels sont les jours qui y sont favorables. Par ailleurs, on pratique la diététique; on reprend des traités du Bas-Empire ou des Mérovingiens ("De Observatione ciborum" du médecin Anthyme, écrit pour le roi Thierry); on prend soin de ce qu'on mange et des calendriers précisent les différents soins selon la saison et les mois; purges, bains, exercices font partie des conseils. Le médecin n'intervient, en fait, qu'en cas de maladie grave; le médecin laïc, clerc ou juif, sert les princes et les abbés et évêques, du fait de leurs connaissances, peuvent en faire office. Déjà à l'époque, même si la discipline de la médecine figure au programmes des études cléricales, le droit canon, pour cause de ne pas faire couler le sang, interdit l'exercice de la médecine aux clercs. Pour certains érudits, la médecine est le huitième art libéral et on connaît des manuscrits médicaux recopiés des Anciens: Hippocrate, Galien, Soranus, Héliodore, Justus, Marcellus Empiricus, ou Oribase et Laon est un actif centre d'études médicales. La connaissance reste pauvre, cependant, par rapport à la médecine byzantine ou arabe et la médecine vétérinaire et des formules magiques se mêlent aux traités. Les tombeaux des saints à vocation de pélerinage et de guérison sont l'occasion de descriptions de symptômes de type médical. La gynécologie tient une part importante alors que la chirurgie connaît des instruments et des opérations, lesquels servent à soigner les blessures au combat. La mortalité infantile, les famines pour cause de calamités agricoles et des "pestilences" sont les principales causes de mortalité sous les Carolingiens. La peste, qui a sévi en Occident jusqu'au milieu du VIIIème siècle, n'est plus active

->Les herbes médicinales
On connaît le soin apporté, dans l'Empire, aux herbes médicinales. Eléments de tout jardin de monastère, les herbes médicinales ont même été l'objet d'un passage important du capitulaire de Villis, ce capitulaire de la fin du VIIIème siècle ou du début du IXème siècle, dont on ne sait exactement s'il visait tout l'Empire ou seulement l'Aquitaine et qui donne des directives sur comment les domaines doivent être gérés. 73 herbes aromatiques sont ainsi conseillées à la plantation dans les domaines: "Nous voulons que l'on cultive dans le jardin toutes les plantes, à savoir: lis, roses, fenugrec, costus -balsamite?, sauge, rue, aurone, concombres, melons, gourde, dolique, cumin, romarin, carvi, pois chiche, scille (oignon marin), iris, estragon, anis, coloquinte, chicorée amère, ammi, chervis, laitue, nigelle, roquette, cresson, bardane, menthe pouliot, maceron, persil, ache, livèche, sabine, aneth, fenouil, chicorée, dictame, moutarde, sarriette, nasitort, menthe, menthe sauvage, tanaisie, cataire, grande camomille (ou centaurée), pavot, bette, asaret, guimauve, mauve, carotte, panais, arroche, blette, chou-rave, chou, oignons, ciboulette, poireau, radis (ou raifort), échalote, cive, ail, garance, cardon, fève, pois, coriandre, cerfeuil, épurge, sclarée. Et que le jardinier ait au-dessus de sa maison de la joubarbe". Connues dès les Egyptiens, utilisées par Hippocrate, décrites en 600 espèces par Dioscorides -un chirurgien grec de l'armée de Néron- dans un ouvrage, les herbes médicinales sont -avec les produits animaux- l'un des éléments fondamentaux de la pharmacopée dans toutes les civilisations du monde: en Occident, en Chine ou en Inde. Dans l'Europe nouvelle qui naît de la chute de l'Empire romain, les herbes ne réapparaissent que vers l'an 600, dans les monastères. Tout jardin de monastère, outre les légumes, les plantes tinctoriales ou aromatiques et les fruits, comprend des herbes. Les moines dispensent des soins. Ils acceptent même de transmettre leur recettes d'herbes médicinales, amenant sans doute à une forme de médecine populaire, chaque famille villageoise cultivant ses propres herbes. Les principes actifs des herbes médicinales sont souvent liés aux mécanismes de défense des plantes contre leurs prédateurs naturels tels les micro-organismes, les insectes et les herbivores. Les herbes médicinales qui, au XIIème siècle, finiront par former la base de la médecine occidentale, se rattachent à trois traditions: les références grecques et romaines, les connaissances indiennes et les herbes de la médecine traditionnelle chinoise. A St-Gall, on utilise 16 variétés de plantes médicinales et certaines périodes de l'année sont préconisées pour l'usage de telle plante. Un poème de Walafrid Strabon décrit les propriétés de certaines plantes. Le poivre et autres épices sont utilisées en association avec les plantes médicinales

La bonne entente qui règne un temps avec les communautés juives et les Juifs qui font le lien avec l'Espagne musulmane font, qu'avec un certain retard cependant, aux VIIIème et IXème siècles, se diffusent les connaissances de grands médecins juifs de Al-Andalous: Assaf ha Rofé ("Les Remèdes"), Isaac ben Salomon ou "Isaac Judeus" (850-932, philosophe et médecin, "Livre des remèdes", "Livre de la fièvre", et "L'Ethique des Médecins"). Ces Juifs d'Espagne mêlent la culture arabe à la culture gréco-romaine. Sabbataïl ben Abraham ben Joël Donolo (913-963), en Italie, est un autre grand médecin, à une époque où existe déjà à Salerne, au Sud de Naples, l'Ecole de Salerne, la première école de médecine créée en Europe, fondée en 850. L'école semble être apparue par le fait que les élites locales furent demandeuses de connaissances médicales et que ce fut un marchand de l'Ifriqya (l'actuelle Tunisie), Constantin l'Africain, qui se fit le traducteur des oeuvres arabes en la matière (et qui en fut faussement considéré comme l'auteur)

La médecine restera arabe ou arabo-espagnole jusqu'au XIIIème siècle et des textes et des concepts -entre autres ceux de Galien- sont transmis vers l'Occident par les médecins arabes -dont le célèbre Ibn Sina, ou Avicenne. Les deux grandes universités de médecine de l'époque, en Europe, sont Paris et Montpellier. L'école de Salerne, au XIème sièce, aura été un centre laïc et multi-culturel d'enseignement de la médecine. Le tournant suivant aura lieu à la Renaissance. Alors que les médecins de la Renaissance s'aventurent dans les dissections de cadavres humains, Vésale osera remettre en question Galien, sur la base duquel on mène ces observations. Ce sera les débuts de l'émancipation rationnelle de la médecine. Le nouveau centre européen de la médecine devient Padoue. Ensuite, ce sera Harvey qui fera passer la médecine à l'expérimentation. Les herbes médicinales continueront, jusqu'à aujourd'hui, d'être utilisées par la médecine, mais, avec la révolution scientifique, essentiellement sous la forme de leurs principes actifs (ainsi l'opium, la quinine, la digitale ou l'aspirine). L'Eglise, après l'époque carolingienne, deviendra plus méfiante vis-à-vis de la médecine, tendant à en interdire l'accès aux clercs pour cause de risque de mort du patient et en règlementant l'exercice. Le protestantisme et les Lumières, malgré le catholicisme tridentin, marquèrent l'époque moderne de tendances sécularisantes concernant la médecine, qui était désormais considérée comme une science. Par ailleurs, bien que les connaissances en anatomie et en physiologie se fussent accrues à cette époque, la pratique médicale n'en fit que peu usage, les thérapies galéniques continuant d'être largement utilisées jusqu'au début du XIXème siècle. La médecine, ensuite, continua de prendre le chemin de la science: médicament et thérapies plus efficaces, pratiques chirurgicales, etc.

Website Manager: G. Guichard, site Learning and Knowledge In the Carolingian Times / Erudition et savoir à l'époque carolingienne, http://schoolsempire.6te.net. Page Editor: G. Guichard. last edited: 25/04/2017. contact us at geguicha@outlook.com