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Le chant grégorien

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Le chant grégorien est le chant de l'Eglise. Il est ces mélodies qui accompagnaient la liturgie et les autres besoins des clercs. Il prit sa forme définitive en 600 et devint progressivement, entre les VIIIème et XIème siècles, le chant de l'Eglise d'Occident. Le chant grégorien est une musique vocale, sans accompagnement instrumental. Les termes "chant grégorien", "plain-chant", voire "Cantus romanus", "cantilena romana" sont synonymes. "Chant grégorien" réfère au pape Grégoire le Grand (590-604) à qui l'on attribue l'arrangement définitif du plain-chant primitif. Les termes apparurent pour la première fois vers 850, puis dans les écrits de Guillaume d'Hirschau. La polyphonie apparut dès le IXème siècle et le chant grégorien continua de se développer à ses côtés. Il fut finalement supplanté à la Renaissance. Charlemagne s'efforça que le chant d'Eglise, dans toutes les possessions franques, atteignît au niveau éminent de perfection qu'il avait atteint à Rome

Les origines du plain-chant

Le chant d'Eglise apparaît dès les premiers groupes de Chrétiens. Il est une pratique à la fois privée et liturgique. On prenait des textes des psaumes et des cantiques de la Bible, ou on en composait. Dans ce cas, on les appelait des "hymnes", en référence aux formes poétiques juives et grecques. Très tôt, sinon dès le début, deux formes de chant se différencient: la forme responsoriale et la forme antiphonale. La forme responsoriale consistait en un chant chanté par un seul chanteur et le groupe s'y joignait pour une sorte de refrain (le "responsorium"). Dans la forme antiphonale, deux choeurs alternaient. Cette distinction amena rapidement une différentiation dans le style musical, qui allait durer pendant toute l'histoire du chant grégorien: les compositions pour chanteurs seuls étaient plus élaborées, avec un plus grand nombre de mélodies et des groupes de notes plus longs sur une seule syllabe; les compositions pour choeurs étaient plus simples. Dès le début, aucun instrument n'accompagne le chant grégorien. Ceci est probablement dû au fait que c'étaient les païens qui utilisaient des instruments, sans compter que les Pères de l'Eglise furent vite hostiles aux instruments de musique, considérés comme instruments du Diable, préjugé qui se perpétua pendant le Moyen Age à l'encontre des ménestrels. Par ailleurs, il faudra attendre St Ambroise, à Milan (et probablement pour les mêmes raisons), pour que des hymnes versifiés apparaissent. Ils ne seront pas admis dans l'usage général du chant grégorien avant le XIIème siècle

Le plain-chant connut, au cours du IVème siècle, un fort développement dans les monastères syriens et égyptiens. C'est là que fut créé l'"antiphon", une courte mélodie qui était chantée en relation avec le chant antiphonal d'un psaume. Les deux choeurs chantaient l'"antiphon" d'une seule voix, après chaque verset du psaume. En Occident, à cette époque, on n'utilisait que la forme responsoriale. Ce fut St Ambroise qui introduisit la forme antiphonale, à Milan, vers 386. La pratique fut rapidement adoptée dans tout le monde occidental. C'est d'également de l'Orient que l'Occident reçut l'"Alléluia" au IVème siècle. L'"Alléluia" était une forme longue et élaborée de la méthode responsoriale, dans laquelle un Alléluia formait le responsorium. D'abord limité au dimanche de Pâques, l'Alléluia fut très vite étendu à tout le temps pascal et le pape Grégoire le Grand finira par l'imposer à toute l'année liturgique, la période de la Septuagésime non comprise. C'était le "Tract" -ou le "Graduel", d'autres formes antiphonales, qui prenaient la relève

Finalement, ce fut pendant le Vème siècle que la méthode antiphonale fut adoptée pendant la messe. Certains psaumes étaient ainsi chantés au début de l'office, pendant l'oblation et pendant la communion. Cette étape marqua la fin de l'évolution qui avait progressivement fait apparaître toutes les formes du chant d'Eglise. Le plain-chant servait désormais à l'office et à tous les autres besoins des clercs. En ce qui concerne la messe, les chants responsoriaux étaient utilisés en alternance avec les lectures alors que d'autres chants accompagnaient les autres moments. Toutes les techniques du plain-chant se développèrent à partir de cette époque. Une idée intéressante est que le chant grégorien ne serait pas pleinement "latinisé" avant des siècles

Le développement du plain-chant

Jusque vers 600, c'est-à-dire jusqu'au pontificat de Grégoire le Grand, des changements importants eurent lieu. Le "Graduel", un psaume qui était chanté de façon responsoriale après l'homélie, fut réduit à un seul verset alors que son refrain devenait plus élaboré, car chanté par la "schola", ce corps de chanteurs professionels et non plus par l'assistance. Les chants antiphonaux de l'Introït et de la communion conservèrent leur forme jusqu'au VIIIème siècle, époque à laquelle ils furent également raccourcis. Les versets du psaume de l'Offertoire cessèrent d'être chantés de façon antiphonale et passèrent au chanteur soliste. Ils furent également améliorés sur le plan mélodique, comme le fut l'antiphon du psaume. De nouvelles fêtes, par ailleurs, avaient nécessité que de nouveaux chants soient composés pour elles. Ce fut finalement le pape Grégoire le Grand (590-604) qui mit la touche finale à l'évolution du plain-chant. Il compila la liturgie et la musique d'Eglise. Il le fit avec seulement l'usage romain en vue et il n'envisageait pas d'étendre ledit usage aux autres régions du monde occidental. Là, des variantes régionales du plain-chant primitif s'étaient développées: le chant ambrosien à Milan, le chant gallican dans le monde franc et le chant mozarabe en Espagne. La réputation de Grégoire le Grand, cependant, l'autorité du siège de Rome et les valeurs intrinsèques du travail firent que la liturgie et le chant romains s'étendirent progressivement à tout l'Occident. Ce furent d'abord les missionnaires qui y contribuèrent. Le chant romain gagna l'Angleterre, puis, de là, le monde germanique. Ce furent Pépin le Bref et Charlemagne qui contribuèrent à son développement dans le monde franc, en Gaule, en Italie du Nord et en Espagne. Dans ces deux derniers lieux les rites et le chant ambrosiens et mozarabes mirent cependant des siècles à céder la place. La "Schola" de Rome, fondée par Grégoire le Grand, se donnait pour tâche de conserver la tradition grégorienne intacte non seulement à Rome mais dans les autres églises d'Occident. Des chanteurs étaient envoyés de temps à autre en mission pour vérifier comment le chant se pratiquait et des copies des livres de choeur romains servaient à conserver l'unité des mélodies. De faibles changements eurent cependant lieu, tel le changement de ré en do de la note récitative des 3ème et 8ème modes, qui eut lieu au IXème siècle, ou l'influence de théoriciens, qui commença également au IXème siècle

Mais le développement du plain-chant se tarit en fait après l'époque de Grégoire le Grand. On se contentait d'utiliser les chants existant lorsque des fêtes nouvelles apparaissaient ou l'on adaptait à des musiques existantes des textes nouveaux. Il n'y eut que 24 mélodies composées pendant tout le VIIème siècle. On doit considérer qu'alors, les mélodies fondamentales du plain-chant existaient et que ce sont ces mélodies qui allaient être utilisées, sans changement, pendant toute la suite du Moyen Age. Une catégorie seulement de chants pour la messe, l'"Ordinaire de la Messe", continua de se développer. Ces chants, à la différence de ceux qui étaient chantés pour l'office d'une fête particulière, sont les chants que l'on utilise, au quotidien, pour les messes habituelles. C'était les fidèles et les prêtres qui les chantaient -et les chantent encore- et pas les chanteurs professionels, d'où qu'ils étaient très simples. Les chants du "Kyrie", du "Gloria" et du "Sanctus" existaient déjà dans la liturgie telle qu'elle avait été définie par Grégoire le Grand. C'est à l'époque carolingienne que l'on vit apparaître l'"Agnus Dei" (création du pape Serge Ier, 687-701) et, temporairement, le "Credo" (qui apparut en l'an 800). On notera aussi que l'abbaye de Saint-Gall ajouta, au IXème siècle, deux formes nouvelles au chant grégorien: l'abbé Notker créa les "Séquences", alors que Tuotilo créa les "Tropes" (ou "Proses"). Les "Séquences" trouvèrent leur origine en tant que paroles supplémentaires pour les très longues mélodies que l'on chantait sur la syllabe finale de l'Alléluia. Elles viennent probablement de Grèce. Les "Tropes" sont l'équivalent pour d'autres chants de la messe et particulièrement le Kyrie. Les "Tropes" avaient des mélodies plus élaborées. On peut noter également que tout un ensemble nouveau d'antiphons apparut au VIIème siècle. Ils étaient tirés du "Gesta Martyrum" mais n'apportaient aucune mélodie nouvelle. Enfin, les respons de l'office reçurent de nombreux changements et additions, spécialement en Gaule au IXème siècle; ils finirent par s'implanter dans le chant romain (l'ancien style romain de Grégoire le Grand de répéter le respons entier après les versets fut remplacé par une simple répétition de la seule deuxième moitié du respons). On notera enfin que, dans les mélodies les plus élaborées de cette époque, il existait un nombre très important d'ornementations consistant en tons plus petits qu'un demi-ton

->Les chantres

Venus du culte hébraïque (les "hazzan" du temple de David), les chantres étaient ceux qui constituaient le choeur; ils constituèrent un ordre mineur parmi les clercs (à l"imitation des lecteurs, diacres ou sous-diacres) vers le début du IVème siècle de notre ère (les "cantores canonici"), pour remettre de l"ordre dans le chant d"Eglise (une tendance était à ce que quiconque de l'assistance pût monter au choeur et chanter). Les chantres acquièrent peu à peu le monopole du chant liturgique et Grégoire le Grand institue, à Rome, une école de chantres, "schola cantorum". Saint Augustin affirma que "Bien chanter c"est prier deux fois" ("Qui bene cantat, bis orat"). Le chef de la schola, aussi appelé "precentor", dirige le chant avec un bâton cantoral, qui est aussi la marque de sa dignité (à Rome le precentor de la schola est le "Prior scholae" ou "Primicerius"). Dans les églises, la schola cantorum forme le choeur liturgique et la schola est dirigée par un "maître de musique". Le chantre était aussi un des premiers dignitaires dans les abbayes (à Cluny, par exemple, il était aussi responsable de l'armarium ou l'on rangeait les livres liturgiques. Des enfants de choeurs ("pueri cantores") accompagnent les choristes adultes. La musique occidentale, à partir de la Renaissance, est née du chant grégorien (ou plain-chant) et de la musique polyphonique

Les Carolingiens et le chant grégorien

Ce fut Pépin le Bref qui, le premier, se soucia, de façon importante, du chant d'Eglise. Par souci d'uniformité dans l'Eglise occidentale, il abolit le chant gallican et imposa le chant romain. Il nomma Chrodegang évêque de Metz. Et ce fut Charlemagne qui poussa l'entreprise à son plus haut point, se souciant, dans tout l'Empire, de la diffusion du chant grégorien et de son exécution correcte. De plus, il voulut fixer le chant en interdisant toute nouvelle création et en attribuant la paternité du chant d'Eglise au pape Grégoire le Grand. Charlemagne avait l'avantage de connaître la technique du chant. Il avait emmené à Rome des clercs de sa chapelle de façon qu'ils puissent apprendre le mode romain, et, en 774, il avait demandé au pape Adrien Ier de lui envoyer des chanteurs romains. Il en vint quatre et ils s'installèrent à Metz, Soissons, à la cour (qui, alors, étaient à Metz), et à Saint-Gall. C'est la maladie qui avait empêché le dernier de rejoindre la cour, l'obligeant à rester à l'abbaye. A Metz, ce fut l'archevêque Chrodegang qui dévelopa le chant. Une forme d'émulation aurait pu être à l'origine de la venue des chantres romains, les chantres des pays gaulois et francs affirmant chanter mieux que ceux de Rome. Tous les chantres du royaume durent venir se former à la schola de Metz. Un décret impérial de 789 enjoignit à tout le clergé franc d'apprendre le chant romain et de célébrer la messe selon les directives de Pépin le Bref. L'ordre fut renouvelé lors d'un synode tenu en 803 à Aix-la-Chapelle, et on ordonna alors aux évêques et aux clercs de créer des "schola cantorum", des écoles de chant. Celles qui existaient déjà recevaient un support accru (des "scholae cantorum" existaient déjà à Metz, Paris, Soissons, Orléans, Sens, Tours, Lyon, Cambrai, Dijon, Fulda, Reichenau, et Saint-Gall). Un tel effort, de plus, se joignait à celui qui était entrepris pour le développement de l'instruction dans tout l'Empire. Les enfants, nobles comme non-nobles, apprenaient le chant, un accent particulier étant mis sur les Psaumes pour les non-nobles. Alcuin ou Théodulf écrivirent pour le chant grégorien. Enfin, Charlemagne, sans que cela ait été un succès complet, s'efforça d'abolir le chant ambrosien dans la région de Milan. On peut dire que le développement du chant grégorien dans le royaume franc eut comme conséquence que le chant romain évolua légèrement par rapport à sa forme définie par Grégoire le Grand. Le chant romain se mêla d'influence franque et gauloise et il retourna, sous cette forme, à Rome. C'est ce chant grégorien-là qui domina tout le Moyen Age

Malgré la volonté de Charlemagne, le chant grégorien continua d'évoluer. Un moine de Jumièges, l'abbaye étant menacée par les Normands, vint s'installer à St-Gall sous l'abbatiat de Notker; il avait inventé une forme nouvelle de trope, avec une syllabe sur chaque note. A cette époque, les Byzantins avaient retrouvé la notation neumatique par laquelle ils ne notaient que si une note montait ou descendait, sans l'intervalle. Même si les moines pouvaient mémoriser des heures et des heures de chants, ils ont tout de même élaboré un système de notation pour préserver le chant grégorien pour le futur; ils ont conçus un système basé sur des "neumes", une forte d'ancêtre de la notation musicale moderne (chaque neume pourrait désigner une seule note ou 4 notes différentes, dans une configuration reconnaissable, en élévation). D'une façon générale, il aurait fallu 85 heures, par exemple, pour chanter le cycle entier des prières de St-Gall. Les neumes permirent aussi aux moines d'utiliser des textes nouveaux sur des musiques anciennes, la technique permettant de dépasser l'interdiction des nouveautés en termes de chant. Puis les tropes ajoutèrent de nouvelles mélodies et, enfin, des tropes contiennent à la fois de nouvelles mélodies et de nouveaux textes. Ce n'est cependant pas avant vers 1050, dans un Bénévent envahi par les Normands que Guido d'Arezzo inventera la notation musicale moderne. Une contribution majeure de l'ère carolingienne fut, à la fin du IXème siècle, celle qu'apporta Otger dans son "Musica Enchiriadis". Cette oeuvre, avec un organon parallèle invente tout simplement, à partir du chant grégorien, la polyphonie: une voix est parallèle à une autre à la quinte ou à l'octave (avec même une divergence possible à la quarte). Otger invente aussi une nouvelle notation, basée sur 2 lignes. La technique polyphonique atteindra de nouvelles formes vers 1050, une voix montant et l'autre descendant. La polyphonie aura donné sa coloration typique au Moyen Age. Le chant grégorien, pendant le Moyen Age, devint aussi plus rythmique: la prosodie latine a changé et il lie désormais musique et texte. L'évolution dans les monastères a, depuis le XIème siècle, influencé la musique profane et les arts. Cela commença dès la fin du xème siècle lorsque les moines de Fleury dramatisèrent les chants de la fête de Pâques: cela donna naissance au théâtre. Les leçons de matines, ces textes qui retraçaient la vie d'un saint sont à l'origine des chansons de geste. Au début du XIIème siècle, cette évolution déboucha sur les troubadours -"les faiseurs de tropes"- d'Aquitaine avec une possible influence des Arabes d'Espagne et, surtout celle de l'abbaye St-Martial de Limoges

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