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Les successeurs de Charlemagne

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un roi -ou empereur- francun roi -ou empereur- franc

Depuis les origines les Francs sont divisés entre les Francs saliens, qui donneront Clovis, et les Francs ripuaires -que certains préfèrent appeler Francs rhénans, d'où viendront les Carolingiens. Cette dualité se retrouvera au moins jusqu'à Moyen Age classique, lorsque les divisions fondamentales de l'Europe chrétienne seront devenues celles entre les royaumes et le Saint-Empire. Pour ce qui est des Mérovingiens et des Carolingiens, ce sera la Neustrie (Nord de la Loire, Paris, Picardie) qui sera le fief des Saliens et l'Austrasie (de Reims au Rhin de Cologne) qui sera celui des Austrasiens. Quelles que puissent alors être les péripéties, la réalité sera toujours celle des possessions domaniales: l'aristocratie des Neustriens, assez mêlée aux aristocraties gallo-romaines, sera possessionée en Neustrie et celle des Austrasiens, des germaniques, en Austrasie. Lorsqu'avec les premiers Pippinides et les Arnulfiens, l'Austrasie deviendra le lieu de dynamisme, vers 680, les Carolingiens s'efforceront de contrôler la Neustrie en y plaçant leurs hommes, à la tête des domaines et leurs clercs, à celle des évêchés et des abbayes. Seul, peut-être, Charles Martel, s'efforcera-t'il d'atténuer le ressenti des Neustriens: pour donner l'apparence, ses résidences royales seront autant situées en Neustrie qu'en Austrasie. Dès sous Louis le Pieux, cet affrontement s'affaiblira, masqué par la présence, à la Cour, des clercs, des affranchis du Palais et des intellectuels. L'apogée en sera le traité de Verdun (843), qui ne se fonde pas sur cette logique. Une fois rapidement stabilisée la conséquence essentielle de Verdun, la Francia occidentalis et la Francia orientalis, vers 880, réapparaîtra la vieille dualité Neustrie-Austrasie. Cependant, cette fois, elle se limitera à la Francia occidentalis, l'Austrasie, bastion des Carolingiens, ayant été coupée en deux, au moins, depuis Verdun. Il se pourrait même qu'une ligne de partage, chez les Francs, ait fini, à une certaine époque, par apparaître entre "Français" et "Germains". Les souverains carolingiens ne fondent plus leur puissance que sur des domaines de Laon et Reims à Metz et ils s'y épuiseront. La lignée des Robertiens, elle, disposera de la Neustrie entière. En Francie occidentale, ce seront encore les réalités "nationales", pour ne pas dire ethniques, qui fonderont, au tournant du Xème siècle, les grandes principautés (Flandres, Aquitaine, Provence, Septimanie, etc). La désintégration finale en le système féodal, de 930 à l'an Mil, continuera de se situer dans ces logiques "nationales" mais, surtout, se compliquera de l'attribution et de la renaissance de l'Empire aux Germains (962). Les féodaux de l'Ouest laisseront Hugues Capet prendre la couronne puisqu'il ne sera plus que l'un d'entre eux voire le candidat des Ottons. L'ironie était que les Capétiens étaient soit des Austrasiens soit des Saxons. Un siècle entier de désordres, de 850 à 950, s'installa. Comme le disent les Bénédictins de l'Histoire littéraire de la France, la trop grande indulgence de Louis le Pieux et son esprit qui se limitait à des minuties ne firent qu'encourager les désordres sans compter que plus personne ne finit par lui obéir. Charles le Chauve fut "encore plus borné et aussi faible" et il ne dut rien qu'à sa bonne fortune. Louis le Bègue règna trop peu; ses fils Louis et Carloman manquèrent d'expérience. Charles le Gros n'eut ni courage ni habileté et règna trop peu longtemps. Et Eudes, le Robertien, n'eut pas assez de ses 10 ans de règne pour faire face au délabrement de l'Empire

Charlemagne avait réussi à faire en sorte que l'un de ses fils, Louis, soit désigné son successeur de son vivant. Louis le Pieux règna comme empereur de 814 à 840. A son tour, il s'efforça de surmonter la tradition germanique, encore vivace chez les Carolingiens, du partage du royaume entre les héritiers au moment de la mort du roi. Une loi de succession, l'"Ordinatio Imperii", probablement inspirée par l'Eglise, fut décidée en 817, par laquelle le pouvoir et le titre impérial devaient être transmis au fils aîné de l'empereur, au lieu d'être partagé entre ses trois fils. Mais, lorsque Louis le Pieux eut, de sa seconde épouse, l'impératrice Judith, un quatrième fils, Lothaire, il écarta le règlement de 817 et attribua la part prépondérante de l'empire et le titre impérial à ce dernier pour lequel sa mère était dévorée d'ambition. S'ensuivit une longue lutte, entre les fils contre le père, et entre les fils entre eux. Les désordres font que, déjà, les Grands en profitent pour s'affirmer contre le pouvoir impérial: chaque prétendant s'assure les comtes de ses territoires en leur faisant des dons de terres. Lorsque Louis le Pieux mourut en 840, la lutte continua, amenant la défaite de Lothaire en 841. Deux ans plus tard, en août 843, le traité de Verdun mit fin à la lutte sous la forme d'une division de l'Empire en trois parties. Charles (Charles le Chauve) recevait la partie occidentale (la "Francia Occidentalis"), Louis (Louis le Germanique) recevait la partie orientale (la "Francia Orientalis") et Lothaire la "Francia Media", c'est-à-dire les territoires médians, de la Frise à l'Italie, ainsi que le titre impérial. Une telle division longitudinale de l'Empire avait été conçue par les clercs de façon que chaque royaume ait des ressources naturelles identiques, des côtes septentrionales à celles de Méditerranée. Le titre impérial de Lothaire, cependant, marque un affaiblissement car ce dernier n'en a pas les moyens, réduit aux territoires centraux. Le traité de Verdun précisa aussi que l'ost ne devrait plus servir aux guerres civiles et on assista à de nombreux échanges de terres entre Grands, chaque détenteur de domaines ne devant plus devoir fidélité qu'à l'un des trois souverains. Les négociations pour le traité de Verdun, par ailleurs, semblèrent un signe de faiblesse aux Vikings et aux Sarrasins, lesquels commençaient de devenir une menace pour l'Empire carolingien. On doit aussi ajouter à ces considérations factuelles une vue plus politique: un parti, que l'on qualifie d'"unitaire" apparaît sous Charlemagne; ce sont les "proceres", qui géraient les principales charges du Palais, les ambassades ou les fonctions de missi: Lambert et Matfrid, Hilduin et Hélisachar de St-Riquier et, à leur tête, Wala abbé de Corbie et Agobard archevêque de Lyon; enfin des hommes tels Paschase Radbert ou Florus de Lyon. Ils entendirent profiter du changement de règne pour dégager l'Eglise franque du gallicanisme qu'avait imposé Charlemagne ainsi que de la féodalité naissante. Benoît d'Aniane les accompagne pour ce qui est de la "sécularisation" des abbayes bénédictines. Surtout, en 817, ils supervisent la transmission de l'Empire par Louis le Pieux: le principe à Lothaire, à Pépin et Louis des territoires, victoire du principe d'unité. Avec la venue de l'impératrice Judith -et de son clan philojuif- et de son fils Charles, les "unitaires" s'opposent à de nouvelles dispositions. La guerre civile commencée, en 831, les unitaires sont exilés; ils mêlent le pape Grégoire IV, élu du parti franc de Rome, aux luttes. Cette intervention semble faire intervenir un autre parti du monde franc, celui qui s'oppose, par un autre gallicanisme, au pape fût-il du parti franc. Les unitaires imposèrent à Louis le Pieux la pénitence de 833 mais, en 835, une décision inverse -sans doute du parti de Judith- rétablit Louis et punit les unitaires dont la conception reçut le dernier coup à Fontenay-en-Puisaye lorsque Lothaire, auquel devait échoir l'Empire, fut défait par ses frères; s'ensuivit le traité de Verdun (843)

Cette partition de l'Empire de Charlemagne se compliqua encore alors que la division de l'Empire s'accroissait aussi, de plus, de la rupture culturelle et linguistique qui se produisait alors entre le monde germanique et le monde gallo-latin (ce qui se voit bien au traité de Verdun qui dut être écrit dans les deux langues). Lothaire mourut en 855, longtemps avant ses deux frères. Son lot fut de nouveau partagé entre ses fils. L'un d'eux, Louis (Louis II) obtint l'Italie et le titre impérial, et tous les territoires de Lothaire devaient finalement lui revenir. Charles le Chauve et Louis le Germanique n'hésitèrent pas alors à dépouiller leurs neveux! Le traité de Mersen, en 870, ne laissait finalement à Louis II que la partie méridionale du royaume de Lothaire. Lorsque Louis II mourut, en 875, Charles le Chauve se précipita à Rome pour se faire couronner empereur. L'Empire carolingien était ainsi réunifié. Mais cela fut de courte durée. Charles mourut deux ans après, en 877. Sous Charles le Chauve, déjà, la Francie et la Gothie sont les deux seules provinces représentées comme chargées de protéger l'Eglise. Louis le Germanique, lui, était mort en 876. Les territoires carolingiens continuèrent d'être divisés plus encore, la Germanie étant divisée en trois royaumes alors que la partie occidentale était partagée entre les deux petit-fils de Charles le Chauve. De plus, jusqu'en 881, personne ne prit le titre d'empereur. C'est un héritier de la branche de Francia Orientalis, Charles, qui reprit le titre impérial sous le nom de Charles III le Gros et qui, par manque d'héritiers naturels et en écartant Charles (le Simple), héritier de la Francia de l'Ouest, reconstitua -sauf la Bourgogne du Sud- l'empire tel qu'il existait à l'époque de Charlemagne. Cela, cependant, fut purement nominal car les territoires francs, à cette époque, étaient dévastés par les Normands et les Arabes. Un an avant sa mort, en 887, Charles le Gros fut déposé, pour sa souveraineté sur la Francia de l'Est, par la noblesse allemande à la Diète de Tribur. Le déclin des Carolingiens tint aussi au fait que la restauration de l'Empire en Occident et la volonté d'unifier l'Europe par l'administration et la culture se heurta à divers facteurs: réticences par rapport à la centralisation, oubli de l'idée d'Etat et d'administration, identités ethniques et linguistiques bien marquées, qui empêchèrent le véritable développement d'une identité commune et solidaire. Stricto sensu, plus aucun Carolingien de la première souche ne vint revendiquer l'Empire après 899. "N'ayant plus à attendre un souverain donné par la nature, [chacun des royaumes] cherche à se créer un roi tiré de ses entrailles"

Les nouvelles invasions, Vikings, pirates sarrasins et Hongrois ajoutèrent aux désordres. Les assauts des Vikings se rendirent définitivement compte de la faiblesse organisationnelle du monde carolingien vers 845 et cette faiblesse encouragea les agresseurs suivants. Les élites se montrèrent "[M]orts de peur et divisés entre eux... et le royaume des chrétiens, ils le laissèrent aller à vau-l'eau". Puis les raids des Normands atteignirent leur plus grande envergure et continuèrent ainsi jusqu'au début du IXème siècle. Un calme s'installa après l'installation des Vikings en Normandie au traité de St-Clair-sur-Epte (911). Les pirates normands ne revinrent, en Angleterre, que vers 985 avant la création du vaste empire viking de Knut le Grand (1016-1035). En Méditerranée occidentale, ce sont les pirates sarrasins qui règneront depuis de la Sicile (prise en 827), mettant à sac les côtes italiennes et s'installeront au Fraxinet, en Provence, vers 840 d'où ils pillèrent les vallées alpines; il faudra la mise à rançon de Mayeul, abbé de Cluny, en 972, pour qu'ils soient délogés. Enfin, ce seront les Hongrois, installés en Pannonie, qui prendront le relais à partir de 895, visant particulièrement la Bavière et la Lombardie mais atteignant aussi jusqu'en Gaule, Bourgogne et Lorraine. Les ruines laissées par ces invasions contribuèrent pour beaucoup au déclin carolingien, entre autres, par l'égoïsme des régions de l'Empire qui ne firent preuve d'aucune solidarité ou par l'apparition des ancêtres de dynasties nouvelles (Robertiens, Ottoniens) qui se montrèrent plus combattifs. Enfin, à l'occasion des Vikings, en Gaule, on comprit, à partir de 860, que seule l'organisation à l'échelon local (châteaux, ponts fortifiés, etc.) permettait la résistance

C'est à partir de la mort de Charles le Gros que le déclin définitif de l'empire carolingien peut être considéré comme entamé. Le titre impérial ne sera plus porté à partir de 922. Les Francie de l'Est et de l'Ouest -ce qui, finalement, allait devenir l'Allemagne et la France- ont des destins de plus en plus séparés, alors que dans le même temps, dans chacun des royaumes, ce sont les Grands qui prennent le pouvoir ou qui le dispensent. L'idée impériale, néanmoins, demeura forte dans la mémoire des peuples. La Francie de l'Est sort de la ligne carolingienne dès 911. La Francie de l'Ouest, quant à elle, va progressivement passer sous le contrôle de la maison des comtes de Paris, qui vont jouer par rapport aux Carolingiens le rôle que la dynastie émergente des Carolingiens avait joué par rapport aux Mérovingiens. Il faudra cependant attendre 987 pour que les comtes de Paris assument définitivement la monarchie. C'est cette année-là qu'Hugues Capet sera élu roi des Francs à Noyon. Pendant ce temps, la Francie Occidentale sera tombée encore plus dans la féodalité, dans la mesure où les grands lignages eux-mêmes auront été à leur tour remis en cause par des seigneurs locaux. La Francie de l'Est, elle, est devenue alors le réel centre du pouvoir en Europe, avec les Ottoniens qui ont bâti un empire nouveau et très fortement hiérarchisé. Le monde de ces années-la n'est plus celui des Carolingiens. Il est certain que si l'on compare une carte de l'Europe en l'an 800 et une en l'an 900 puis l'an Mil, on voit que ce sont les Slaves et les Byzantins -via, justement l'évangélisation d'une partie des Slaves- qui bénéficient du déclin de l'Empire carolingien sur ces 2 siècles. Ce sont désormais de nouveaux pouvoirs et une dynamique nouvelle qui sont à l'œuvre, l'ordre de Cluny, par la paix de Dieu étant la force fondamentale qui pacifia et moralisa ces temps troublés, ceux de l'An Mil. De part et d'autre de l'An Mil, le monde avait plongé dans les désordes. Tout n'était devenu que violence, famine et atrocités. Mayeul, abbé de Cluny, par exemple, invité par un comte de Paris en 994 à venir le visiter à St-Maur-des-Fossés, trouva impensable qu'on l'invitât à un voyage aussi difficile qui, de plus, l'amenait "dans des terres inconnues"... Cependant, le pélerinage de Compostelle, devenu européen vers 950, entraîne une nouvelle vague de pélerinages (Le Puy, Conques) qui restructure l'Occident en même temps que Cluny. Peu à peu, Cluny, le mouvement des pélerinages, le retour de la paix partout en Europe amenèrent la volonté de libérer l'Eglise de la tutelle politique. C'allait être l'âge de l'art roman. Les ancêtres des Capétiens, les Robertiens, descendant de Robert le Fort sont de vaillants guerriers et ils protègent la partie occidentale de l'Empire contre les Vikings. Dès 888, le Robertien Eudes fut élu roi par les Grands mais dès que Charles le Simple atteignît sa 15ème années, il fut couronné en 893 et le conflit entre les deux maisons s'approfondit pour un siècle: Charles est détrôné et la couronne passe à Raoul de Bourgogne, un Robertien par alliance. Puis, à partir de 936, son beau-frère, Hugues le Grand entend jouer auprès de Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple, un rôle de tuteur; Louis se rapproche alors d'Otton Ier et il épouse sa soeur Gerberge. En 948, le pape soutient Louis mais Louis et Hugues meurent. Le conflit se perpétue alors entre leurs fils, Hugues Capet et Lothaire. Lothaire continue de se placer sous la protection des Ottoniens d'Allemagne tout en essayant d'en secouer la tutelle, ce qui allait précipiter sa fin: les Ottons détenaient, avec l'appui du pape, la dignité impériale et étaient les successeurs des Carolingiens. De plus, l'Eglise voyait en les Ottons un bouclier contre la féodalité, ainsi Adalbéron de Reims et son conseiller Gerbert, qui conservait une conception élective de l'Empire. Ce sont eux qui amèneront Hugues Capet à la couronne en 987, lequel, au prétexte d'une croisade en Espagne, fait couronner sont fils Robert et entendit mener sa propre politique. Ces péripéties font apparaître un monde divisé, qui s'approche de l'an Mil: derniers partisans des Carolingiens "français", évêques gallicans, abbés clunisiens, papes proches des Ottons. Ceci n'en empêchera pas moins une union entre Rome et le Capétien concernant le sacre, la thaumaturgie du roi et les premières chansons de geste, par la "douce France", Charlemagne l'empereur à la barbe fleurie, hausseront la nouvelle dynastie dans leur rôle de roi

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