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La théologie de la Patristique au XIIIème siècle

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L'Eglise se construit, après la mort du Christ, dans le bassin méditerranéen, en relation avec la puissance de l'époque, qui est Rome. Evangélisatrice, s'organisant, persécutée puis Eglise officielle, cette époque, jusqu'à la fin de l'Empire romain et jusque vers le VIIème siècle est celle de la Patristique, les écrits des "Pères" de l'Eglise, les premiers chefs -évêques, intellectuels, etc- de celle-ci. Lecteurs des Ecritures et auteurs d'une parole sur Dieu, les Pères expliquent, pour diverses raisons, les Ecritures. On a là la base de la théologie dont la synthèse aura lieu dans une forme achevée au XIIIème siècle, avec St Thomas d'Aquin. La foi catholique se fonde ainsi sur la Révélation, l'explication de celle-ci par la théologie. Ce double aspect n'est pas repris, par exemple, par les Eglises réformées.

Jusqu'au IIIème siècle

Dans les premiers temps, les Chrétiens se distinguent mal, dans un empire romain commençant, du judaïsme dont ils viennent. Sont d'abord rédigés les textes fondamentaux des Evangiles et des Epîtres, y compris les Apocryphes qui ne seront pas retenus par la doctrine officielle (les partisans de ces textes soulignent que les 4 évangiles retenus l'auraient été parce que les plus lus et les plus simples à l'encontre d'une trentaine d'autres). Vers 90, cependant, la rupture est définitive et les Chrétiens de Palestine rejoignent soit des sectes juives, soit les communautés chrétiennes d'Asie mineure. Les cadres de la pensée juive restent dominants: connaissance (ou "gnose") eschatologique du cosmos (apocalypse, anges, démons, etc), millénarisme, synagogue, ascétisme, didactisme, etc. Les Chrétiens incorporent à la gnose les éléments de la Révélation du Christ; nouveaux manuels catéchétiques, docteurs, écrits sur les martyrs -copies des actes du procès, récits, légendes; odes, liturgie, discipline (presbytres, direction collégiale, diacres). L'influence juive reflète l'état du judaïsme après la chute du Temple: pharisiens en Palestine, zélotes en Asie mineure, Esséniens à Rome ou en Syrie. Au tournant du IIème siècle, le catholicisme gagne le monde romain au milieu du flux des autres religions orientales qui viennent suppléer à une religion traditionnelle en déclin. Antioche, base des Romains pour prendre l'Orient, est la première ville conquise par le christianisme puis les 7 villes de l'Apocalypse, en Anatolie puis l'Asie mineure et Rome et, de là, l'Occident et l'Afrique du Nord. Ces Eglises sont en butte aux factions, aux judaïsants et à des persécutions sporadiques. Clément, peut-être pape vers 95, Ignace, évêque, Polycarpe de Smyrne (70-156), disciple de Jean sont connus par leurs lettres pastorales, et ils sont dits "Pères Apostoliques" car ils ont connu personnellement, ou indirectement, les Apôtres. De culture grecque, avec leur langue, la "koinè", tenant le milieu entre le grec attique et le grec populaire, leurs techniques, leurs images voire leur morale, et d'inspiration paulinienne ils commencent d'éloigner l'Eglise du judaïsme. Relatant leur vie, ils appellent à l'unité, au salut, regardant comme imminente la seconde venue du Christ. On construit et on organise l'Eglise et on accepte les premières persécutions et le martyr comme imitation du Christ. Le catholicisme, avec l'affirmation définitive de l'Empire romain, au IIème siècle, croît rapidement dans toute la Méditerranée et Rome et les gouvernants comme le peuple commencent d'en percevoir l'originalité tout en continuant de prendre les Chrétiens pour une secte juive. Les Chrétiens, de plus, refusent le culte impérial. Les Juifs de la Diaspora n'aiment pas non plus ces Chrétiens qui, finalement, viennent du judaïsme et ils sont les plus ardents aux calomnies -partagées par le peuple romain (inceste et meurtre rituel) et à la dénonciation. Viennent ainsi les attaques des intellectuels de Rome dont les élites sont gagnées au stoïcisme, un matérialisme: Fronton de Cirta, précepteur de Marc-Aurèle, Lucien de Samosate, auteur satyrique, Celse, le platonicien, qui ne comprennent pas l'isolement, la haine supposée du genre humain ou le mépris de la mort des Chrétiens. Le catholicisme a gagné en son sein des élites cultivées, de culture grecque lesquels vont défendre la religion, en faire l'apologie, s'adressant à d'autres hellénisés ou à des Juifs. Ils montrent que le catholicisme n'est pas un danger pour l'Etat romain, dénoncent les moeurs corrompues du paganisme, attaquent la philosophie comme incomplète sans le Logos ultime. La nature de ces oeuvres fait que les Apologistes ne traitent que des questions fondamentales et pas de toute la Révélation. Les Pères de cette époque sont Aristide d'Athènes, philosophe, auteur d'une Apologie adressée à Hadrien; Ariston de Péla, l'Epître à Diognète (peut-être Claudios Diognetos, administrateur romain, procurateur d'Egypte), Justin, surtout, philosophe, martyr (son apologie est adressée à l'empereur Antonin) et Tatien (peut-être son élève mais à l'origine de la secte des "encratistes" ou "abstinents"), Athénagore d'Athènes, Méliton de Sardes, Minucius Felix et Théophile d'Antioche (évêque). Les grands points théologiques apparaissent: le christianisme est un mystère, Dieu est chacun, l'Ancienne Alliance a passé, annonçant le Christ, et les peuples païens prennent la place des Juifs, les Chrétiens sont l'âme du monde (les Grecs pensaient le monde fait à l'image de l'homme, corps et âme), les Grecs n'ont qu'une "connaissance naturelle" et certaines vérités. Irénée, lui, depuis Lyon, fondateur de l'évangélisation de la Gaule, jusqu'en Germanie vise les premières grandes hérésies chrétiennes, fondées sur la "gnose". Il serait mort martyr en 202, lors d'une persécution sous Septime Sévère. Les structures mêmes de l'Eglise se sont transformées: l'évêque s'est dégagé des presbytres et exerce une autorité, la hiérarchie s'étant établie entre évêque, prêtre, diacre. Les gnostiques hérétiques chrétiens tirent leurs origines dans l'hellénisme du temps d'Alexandre: se forme, en Orient un mélange de philosophie grecque, de religion orientale et de judaïsme, le "gnosticisme", un syncrétisme qui sépare Dieu et monde, âme et corps, Bien et Mal et attend la rédemption et l'immortalité, à quoi s'ajoute de l'apocalyptique juive et une forme de "féminisme". Les gnostiques pratiquent le secret, l'initiation et la recherche de la certitude du salut. Le gnosticisme est encore présent dans les premiers milieux chrétiens et est à l'origine de premières hérésies. Les gnostiques possèdent encore, à l'époque, leurs textes apocryphes. Face à eux, Irénée, inspiré de Justin, va tout simplement montrer l'unité des deux Testaments et donner une vue panoptique du Salut: le péché originel, la pédagogie progressive de Dieu par les Juifs, la Révélation définitive par le Christ, l'Eglise, ouverte à tous, la règle de foi et la résurrection de la chair (qui est, finalement, acceptation du monde matériel). Se fondant sur une culture hellénistique élitiste, reprenant la rhétorique et la philosophie, ces Pères fondent, aussi, finalement, une littérature grecque post-classique. Irénée a influencé le concile Vatican II. Puis le catholicisme, qui a pénétré tous les milieux, suit le destin de Rome qui, au IIIème siècle, entre dans une crise qui annonce le déclin. Des menaces aux frontières déstabilisent l'Empire qui voit se succèder avec rapidité des empereurs faits et défaits par les légions. Dans tout cela, soit les persécutions deviennent terribles parce qu'officielles mais elles sont aussi entrecoupées de périodes assez longues, progressivement officialisées elles aussi, de coexistence qui permettent à l'Eglise de sortir de la clandestinité et de s'afficher -mais aussi de connaître les premières périodes de déclin moral voire les schismes. L'époque est aussi celle du néo-platonisme, système religieux et philosophique, avec Plotin, Grec d'Egypte puis de Rome. Le néo-platonisme, passé d'abord par un mélange de platonisme et de stoïcisme, propose une nouvelle version hiérarchique du monde de type platonicienne avec le panthéisme de Zénon: l'Etre en soi, l'Intelligence, image de celui-ci, l'Ame qui en dérive, âme du monde qui donne un Dieu en trois termes, allant de l'abstrait au concret. L'homme doit donc se libérer de la matière pour viser la perfection par retour à l'Etre en soi via l'ascèse. Les hérésies sabellianiste ou adoptianiste concernent la Trinité. En termes de Patristique stricto sensu, ce IIIème siècle est celui où l'Afrique, du Maghreb à l'Egypte, sont les terres où le christianisme s'est le plus développé et où les Pères passent de la défense à la présentation de la foi et à la théologie; on passe aussi du grec au latin, qui est enrichi pour pouvoir utiliser les concepts de la Patristique.

Les raisonnements, affinés et approfondis par les Apologistes, on combat désormais le syncrétisme religieux, les aberrations de l'exégèse ou l'athéisme. Tertullien et Cyprien, à Carthage -ils écrivent en latin- et Clément et Origène à Alexandrie -ils continuent d'écrire en grec- semblent cependant marqués par la proximité ou l'influence de l'hérésie et la Patristique marque le pas: Tertullien, avocat originaire de Carthage, converti vers 193, après avoir insisté sur le concept trinitaire ou que Marie est la seconde Eve, passe à la secte montaniste; St Cyprien, rhéteur de Carthage, converti vers 230, martyr, est impliqué dans les crises de 250 lorsque la persécution fait de nombreux apostats. Il se considère le disciple de Tertullien et défend l'unité de l'Eglise. Clément, Grec d'Athènes (150-vers 214), converti par Pantène au Didascalée d'Alexandrie, une école de catéchumènes, lui, est surtout un éducateur qui s'appuie sur la philosophie grecque, créateur d'une gnose philosophique au service du catholicisme, et qui fait d'Alexandrie un centre d'influence, le Didascalée devenant une école officielle qui combat les gnostiques par l'"exégèse allégorique" qui trouve son origine chez les rabbins et se retrouve chez Philon, rabbin hellénisant qui montre comment l'âme mène à Dieu par l'itinéraire mystique de la Thora. L'école d'Alexandrie a, en quelque sorte, assujetti la pensée juive au Logos (l'école d'Antioche -sans compter ses influences orientales- a, elle, imposé le Logos aux Juifs et judaïsants). Alexandrie, ville cosmopolite à forte diaspora juive, connut un fort développement du gnosticisme au IIème siècle. Origène (185-254), enfin, le disciple de Clément, est l'auteur d'un premier effort d'établir un texte critique de l'Ancien Testament. Il est sans doute l'un des Pères fondamentaux de la Patristique, à la fois exégète, théologien et mystique prônant une compréhension des Ecritures contre la lettre de celles-ci, la connaissance, la "lectio" mais aussi l'ascèse, la contemplation et la mystique, enfin une intériorisation qui mène à Dieu. Origène est l'un des auteurs auxquels se rattache St Bernard de Clairvaux. Origène cèdera devant la montée d'Aristote avant d'être redécouvert par Erasme à la Renaissance. Origène a été formé aussi par Saccas, un néo-platonicien. L'Ecole d'Alexandrie, d'une façon générale, est marquée par le mysticisme et la préférence pour le platonisme. Un autre Père de l'Eglise, Hippolyte a écrit sur la liturgie

L'Eglise officielle, l'arianisme

Le IVème siècle commence, tout simplement, par l'admission officielle du christianisme dans l'Empire romain: Constantin Ier le Grand, empereur de 306 à 337, qui a mis fin aux désordres du IIIème siècle, reconnaît en 313, par le célèbre Edit de Milan, la liberté de culte des Chrétiens. Après la dernière grande persécution, celle de Dioclétien, en 303 et 304, qui fut la dernière tentative païenne pour l'anéantir, l'Eglise voit s'ouvrir la voie qui va faire d'elle, à la fin du siècle, la seule religion du monde romain. Elle devient privilégiée: l'empereur, puis ses successeurs, sont eux-mêmes chrétiens: l'Eglise reçoit des bâtiments, des terres, peut exister au grand jour et continuer de se développer, entre autres via l'évangélisation des campagnes restées païennes. Mais le IVème siècle est aussi celui de la grande hérésie arienne, hérésie trinitaire alimentée par un peuple chrétien cultivé, gréco-romain, désormais à l'abri de la persécution religieuse et qui adhère à telle ou telle faction. Arius, prêtre d'Alexandrie, hellénisant et rationaliste, veut, au sein de la Trinité, privilégier le Père et donc il distingue et abaisse le Christ. Condamné par l'Eglise d'Alexandrie et le pape, l'affaire devient politique car Constantin le Grand fait réunir le premier grand concile de l'Eglise, le Concile de Nicée, qui définit le Credo de l'Eglise. Mais l'empereur chrétien finit, à sa mort, en 337 (Arius est mort en 336), par se faire baptiser arien et la crise, sous ses successeurs ramène à la fois la division de l'Empire romain entre Orient et Occident et le retentissement de ces divisions sur l'Eglise: les empereurs d'Orient sont ariens, le pape est anti-arien, partisan d'Athanase, le grand évêque d'Alexandrie, origéniste modéré. Après l'intermède de Julien l'Apostat qui entend restaurer, sur ces désordres, le paganisme (361-363), des Cappadociens -Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Mélèce d'Antioche, qui sont des origénistes modérés- développent un nouveau parti et fusionnent avec les nicéens au concile d'Antioche de 379. Un premier fossé s'est donc creusé entre certains patriarcats d'Orient, avec Constantinople à leur tête, et l'Occident, avec le pape. La tendance s'accroît du fait que les Eglises sont sous l'emprise des empereurs. La crise arienne a également fait qu'Athanase, qui trouve refuge à Rome accompagné de moines d'Egypte, donne naissance au monachisme occidental. Hilaire, évêque de Poitiers en 353, premier Père d'Occident, qui voit venir à lui St Martin, fondateur du monastère de Ligugé, premier monastère des Gaules a été partisan d'Athanase.

Orient, Occident

A partir de vers 351, l'unité impériale provisoirement rétablie, la foi de Nicée réaffirmée par le 2ème Concile de Constantinople, l'époque devient celle de la question des rapports entre l'Etat et l'Eglise: césaropapisme ou servilité des empereurs. C'est l'Age d'Or de la Patristique sur fond de rupture définitive entre Empire romain d'Occident et Empire romain d'Orient et d'apparition des divergences entre Eglise d'Orient et Eglise d'Occident. L'unité de langue est d'ores et déjà rompue et les lettres des Grecs ne peuvent guère être traduites; Augustin n'est plus à l'aise dans les oeuvres grecques comme l'étaient encore Hilaire et Ambroise. A l'inverse, l'Orient ignora pratiquement St Augustin. Signe en est aussi, l'importance des traducteurs du grec en latin, comme Jérôme (qui révise la traduction latine des Evangiles et du psautier romain) et Rufin, des moines, qui vont se hâter de permettre que soit perpétué, pour le Moyen Age des monastères, l'héritage des Pères grecs. En Orient, c'est monachisme, hellénisme, mystique, influence origénienne et incorporation du néo-platonisme dans l'Eglise. Les Capadocciens, tous de l'Ecole d'Alexandrie, continuent la lutte contre l'arianisme, qui s'envenime de conflits entre les évêques et patriarches, ou pour le monachisme. Basile le Grand est considéré le Père du monachisme oriental et réformateur de la liturgie, Grégoire de Nazianze, prédicateur et poète, maîtrise la rhétorique hellénistique. Grégoire de Nysse est un théologien et un mystique. Platon, Plotin voire Philon ne servent plus que d'expression philosophique à la doctrine chrétienne. A l'extrême fin de cette période, saint Jean Chrysostome, fait connaître l'Ecole d'Antioche, point de rencontre de la culture asiatique avec le monde romain, apparue vers 370, réagissant contre les abus de l'interprétation allégorique d'Alexandrie. Antioche en revient à un sens littéral propre ou figuré des textes saints. Lointains ancêtres de la méthode historique appliquée aux Ecritures, utilisateurs d'Aristote, les Antiochiens sont, de plus, des moralistes. Le trop d'excès de la lettre amena d'autres hérésies, comme le pélagianisme et des tendances à questionner la Trinité. Evêque de Constantinople en 398, marqué par ses débuts érémitiques, Jean Chrysostome, moins théologien que prédicateur, admirateur de saint Paul, est pris dans les luttes de palais et l'afflux de moines, origénistes et spirituels, chassés d'Egypte -dont Cassien- par Théophile, évêque d'Alexandrie, le pousse encore plus à critiquer le luxe impérial. Exilé, il meurt en 407. En Occident, Ambroise, haut fonctionnaire de l'empire, évêque de Milan en 374, harmonise la mystique d'Alexandrie avec l'Eglise et devient le partisan de l'idée que l'Empire romain est le défenseur de la foi. Il est à l'origine du célèbre épisode au cours duquel l'empereur Théodose devra faire pénitence publique pour le massacre de Thessalonique. Ambroise est plus Romain que Grec. Avec les Barbares, l'époque passe maintenant au Moyen Age. Augustin l'inaugure, personnage fondamental de la Patristique, durant des siècles, le principal, sinon l'unique inspirateur de la pensée chrétienne occidentale. Jamais familier du grec, porté à dissocier la raison et la foi car ayant d'abord été élevé à la païenne, attiré par les manichéens, des gnostiques d'origine persane et babylonienne, ayant lu Plotin, il passe au catholicisme par étapes. Il lutta contre le donatisme, hérésie africaine liée aux relaps pendant les persécutions du IIIème siècle et contre le pélagianisme, hérésie d'origine britannique, de la fin du IVème siècle, qui met l'accent sur la volonté humaine alors qu'Augustin montre l'indépendance de la grâce divine et que Pélage et un naturaliste orgueilleux, affirmant l'autonomie de l'homme face à Dieu. Le sac de Rome en 410, traumatisme pour les Romains, amena la "Cité de Dieu", réfutation du paganisme et intuition fondamentale des deux cités, base de l'histoire du monde. Néoplatonicien car considérant la doctrine comme la plus proche du catholicisme et, finalement, réconciliant platonisme et aristotélisme. Marque de la distance de l'Occident à l'époque, St Augustin ne s'engagea pas, pour ce qui est de l'arianisme, dans les débats complexes des Pères de l'Orient. Les Livres des sentences de Pierre Lombard, qui sont la base de la théologie médiévale, sont composés pour les 9/10èmes de sentences augustiniennes et l'augustinisme, avec le complément de l'aristotélisme, finirent par cohabiter dans la synthèse thomiste ou bonaventurienne. On passe aussi déjà, à Léon Ier, pasteur et liturgiste ou à Cassien ou Vincent de Lérins. Le quatrième siècle, enfin, sur un autre plan, représente aussi une période capitale pour l'histoire liturgique: construction d'églises, année liturgique complète, qui auparavant était surtout concentrée sur la cinquantaine pascale, début de la théologie des sacrements

Byzance, l'Occident

La fin de l'Empire romain survenant vers 450, l'Empire byzantin apparaissant à l'Est et les territoires occidentaux passant aux peuples germaniques (qui, ariens, passeront dans leur majorité au catholicisme via l'action du roi des Francs, Clovis, à la fin du siècle), l'époque est celle de la désorganisation de l'ancien monde et Rome, pour 150 ans passe sous la tutelle de Constantinople, avec son Eglise "nationale" et ses disputes théologiques qui marquent le déclin puis la fin de la Patristique. En 412, Cyrille, neveu de Théophile, l'adversaire des moines origénistes d'Egypte, devient évêque d'Alexandrie. Intolérant et rigoureux adhérent du mysticisme d'Alexandrin alors qu'en 428, Nestorius, de l'Ecole d'Antioche et des moines, ascète, devient évêque de Constantinople. Nestorius comprend mal les développements compliqués des Cappadociens qui, via la question arienne, en sont venus, appuyés sur la dévotion populaire à reconnaître à Marie le titre de "théotokos", "Mère de Dieu". Suspectant un relent d'arianisme par ce trop grand rattachement du Christ divin à sa naissance humaine, Nestorius déclare cette forme de piété et ces conceptions hérétiques. Alexandrie reçoit le soutien du pape, ce débat aggravant l'opposition entre Ecole d'Alexandrie, mystique et platonicienne, restée assez proche de Rome, et l'Ecole d'Antioche, aristotélicienne et ascétique et reflétant, sans doute, la rivalité matérielle de deux grandes cités. Le débat reprend avec Eutychès, antinestorien, moine peu instruit, influent à la cour byzantine, qui est resté attaché aux positions de Cyrille qu'il a amplifiées au point d'affirmer qu'après l'union entre les personnes divine et humaine du Christ, il n'en subsiste plus qu'une, la divine. Naît ainsi le "monophysisme", soutenu par Alexandrie et auquel s'oppose le pape Léon Ier, proche de Flavien, évêque de Constantinople. Le monophysisme est finalement condamné par le concile de Chalcédoine (451), qui rétablit l'orthodoxie: il y a deux natures, humaine et divine, du Christ en une seule personne et ce concile reconnaît la titulature patriarcale à l'évêque de Constantinople. Ce concile avait été l'occasion qu'une alliance se forme entre Rome et Constantinople contre Alexandrie et sa prééminence, écartant ainsi le danger d'un patriarche d'Alexandrie tout-puissant. Mais, par ailleurs, cela amena aussi à ce que toutes les provinces de l'Est de l'Empire romain d'Orient entrent dans une opposition à Constantinople. Ces deux questions, nestorianisme et monophysisme, malgré leur solution officielle, ont gravement affaibli et divisé les patriarcats d'Orient et donc l'Empire byzantin, même Alexandrie estimant que Chalcédoine avait trahi la vraie pensée de Cyrille. Les nestoriens se maintinrent essentiellement dans le patriarcat d'Antioche, de langue syriaque et les Sassanides, dynastie perse, ennemis de Byzance aux frontières orientales y virent l'occasion de les accueillir et d'expulser les Chrétiens byzantins. Le monophysisme, lui, fut officiellement admis dans l'Empire byzantin par l'empereur Zénon, à partir de 474, ce qui provoqua un schisme avec Rome jusqu'au milieu du VIème siècle

En Occident, les héritiers de Clovis s'engageant dans des luttes sans fin et, en Italie, les invasions barbares se pousuivent. L'Occident est ainsi en plein déclin et seule l'Irlande, vers 550, reste le lieu principal de la Chrétienté d'Occident. La papauté, affaiblie, isolée, devient, d'abord, une sorte de "vice-roi d'Italie" pour Constantinople qui n'ira cependant pas jusqu'à imposer à l'Ouest le patriarcat de Constantinople. L'époque donne cependant Benoît de Nurcie qui fonde le monachisme occidental et Grégoire le Grand (590-604), pape de la fin définitive du monde antique, qui redresse la papauté, reprenant le contact avec les Eglises nationales d'Occident. Grégoire Ier, qui est un auteur de la Patristique, mit surtout en harmonie la Patristique connue, adaptant cependant légèrement St Augustin aux temps nouveaux, faisant de ses "Moralia in Job", après St Augustin, le manuel de référence pour la suite du Moyen Age. Grégoire s'est surtout fondé sur ses expériences personnelles et présente une orientation mystique. Il a conscience de vivre à une époque apocalyptique. Dans le cadre de sa reconquête impériale, l'empereur Justinien Ier, au milieu du VIème siècle, se vit confronter à une renaissance de l'influence alexandrine, condamnée par les moines anti-origénistes d'Egypte: le 2ème Concile de Constantinople condamne donc l'origénisme comme une hérésie. Justinien, par ailleurs, fit fermer les écoles païennes d'Athènes, obligeant les néo-platoniciens à se réfugier chez les Perses sassanides. Cela mit aussi un terme à l'Ecole d'Alexandrie. Mais, comme le concile reprend celui de Chalcédoine et en profite pour condamner les Antiochiens, une nouvelle tendance apparaît, toujours d'Alexandrie, dite "néochalcédonienne" qui finira par donner le monothélisme, qui accentue l'unité dans la personne divine des deux natures du Christ. Finalement, une nouvelle logique apparaît, entre Orient et Occident, celle de l'Islam et tous les territoires moyen-orientaux de Byzance passent aux Arabes. Toutes ces régions, de l'Egypte à Antioche sont des terres monophysites, fidèle à la doctrine de Cyrille. L'empereur aura tenté de chercher l'unité religieuse via une série de formules moyennes qui ne débouchent que sur la crise monothéliste, sorte de doctrine officielle de l'Empire

Conclusion

La Patristique stricto sensu se temine en Occident par Isidore de Séville (560-636) et, en Orient, par saint Jean Damascène (675-750) qui, tous deux, la transmettent aux époques suivantes. La Patristique, ainsi, est essentiellement un ensemble de traités spécialisés. Aucun traité général ne fut écrit, même si certains théologiens allèrent dans ce sens. St Jean Damascène est le premier, en Orient, à rédiger le premier ensemble théologique systématique, devenant ainsi le premier des scholastiques. Un tel travail avait déjà été accompli au Vème siècle par le Pseudo-Denys l'Aréopagite mais cet ouvrage ne fut surtout connu que dans la partie occidentale de l'ex-Empire romain. Quand à la plus grande influence exercée sur la période qui allait suivre, ce fut à St Augustin qu'elle fut due, alors que Bède le Vénérable fit le lien entre la patristique et le Moyen-Age car les penseurs de la période intermédiaire entre le grand âge de la Patristique et l'époque carolingienne -Mamertus, Boèce, Cassiodore, St Isidore de Séville, ou Bède le Vénérable- transmettent les textes à la génération des théologiens de la Renaissance Carolingienne. On peut considérer que ce fut pendant l'époque carolingienne, sous Charlemagne, qu'apparut la scholastique en matière théologique. Les théologiens de l'époque furent cependant plus enclins à préserver qu'à innover; le premier mouvement vers une nouvelle attitude ne peut être daté que du IXème siècle lorsque des débats -auxquels prit part Raban Maur- ont lieu sur la question de la Dernière Cène. Bien que ce ne fut pas avant St Anselme de Canterbury et St Bernard, aux XIème et XIIème siècles, que le premier effort scholastique réel en matière de théologie se produisit, orientant la théologie vers une base scientifique et rationnelle, les penseurs et théologiens de l'époque carolingienne n'en doivent pas moins être considérés comme les fondateurs mêmes de la scholastique aussi bien dans ses méthodes, ses contenus que ses conclusions. St Anselme et St Bernard, le premier travaillant sur St Augustin et le platonicisme, le second, un ascétique-mystique utilisant les armes du raisonnement contre les excès du rationalisme, posèrent, eux, aux XIème et XIIème siècles, les fondations pour le XIIIème siècle, l'âge d'or de la scholastique. Ce fut à cette époque que Pierre le Lombard, avec son Livre des Sentences, fit ce que Gratien avait fait pour le droit canon avec le Décret. Le Livre des Sentences explique et paraphrase l'essentiel des oeuvres de la Patristique. Ce fut cette œuvre de Pierre le Lombard qui devint le manuel de théologie jusqu'au XVIème siècle. Ce fut la période suivante qui vit l'apogée de la théologie. C'est au XIIIème siècle qu'apparaissent les grandes Sommes et que le mouvement scholastique est poussé en avant par les nouveaux ordres des Franciscains et des Dominicains. St Albert le Grand, lui, introduit dans la théologie un Aristote purifié des scories des traductions arabes alors qu'apparaissent les deux grands maîtres de la théologie scholastique: St Thomas d'Aquin, qui produit la "Somme Théologique", une exposition systématique de la foi chrétienne, et St Bonaventure, un franciscain qui se rattache plus au mouvement mystique et platoniciste

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