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La philosophie

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Boèce enseignant; manuscrit italien du XIVème siècleBoèce enseignant; manuscrit italien du XIVème siècle

La philosophie, jusqu'à l'avènement du catholicisme, avec les mythes et les religions, a entrepris de répondre aux questions fondamentales que l'homme se pose sur sa vie, la mort, l'Univers, le monde qui l'entoure. Le catholicisme apporte une réponse d'autorité définitive à tout cela. En découle toute une attitude vis-à-vis des possibilités des chrétiens de continuer de s'interroger

De l'Inde à la Patristique

C'est surtout le monde occidental et indo-européen (Inde et Grèce) qui ont développé la réflexion philosophique alors que celle-ci tient une place moins importante chez les peuples du Moyen-Orient y compris dans le monde arabe. L'Inde, d'abord a développé un solide système de conception du monde fondée sur l'idée d'un être unique à l'origine de tous les phénomènes de la vie, accompagné de tout un corpus de métaphysique, cosmologie, psychologie et éthique. Le bouddhisme, qui est un pessimisme, ne naît qu'à partir de l'hindouisme et, en Chine, se combinera au taoïsme et au confucianisme. Les philosophes grecs, ensuite, sont passés d'une première réflexion sur l'état du monde (la stabilité, le changement...) à un questionnement sur l'homme (morale, l'idéalisme de Platon -les idées abstraites des humains sont un reflet d'un monde supérieur, Aristote -qui pense que toute perception vient des sens de l'homme) puis à diverses écoles morales (les Stoïciens, par exemple). La philosophie grecque s'achève, enfin, par les néo-platoniciens d'Alexandrie, au début de l'ère chrétienne, qui développent un mysticisme à tendances astrologiques. Pour ce qui de la philosophie, l'attitude de l'Eglise s'organise sur le fait que les Pères de l'Eglise, quoique marqués par leur environnement néo-platonicien, s'en sont démarqués par l'idée qu'il y a une Création et que les êtres possèdent leur identité puis que St Augustin fusionne intellectualisme et mysticisme néo-platonicien (et que le néo-platonicisme, adapté au catholicisme, est perpétué, au Vème siècle, par le pseudo-Denis). La chrétienté byzantine et orientale ne produisent que peu de philosophie

La grande question des "universaux"

En Occident, ensuite, aussi bien Aristote que Platon, sauf quelques oeuvres, dont la Logique d'Aristote, sont perdus jusqu'au XIIème siècle et, surtout toute l'histoire de la philosophie dans la Chrétienté occidentale est marquée, entre IXème et XIème siècle, par la question célèbres des "universaux". La question fondamentale est alors celle de savoir si les représentations mentales, qui généralisent le réel, ont un lien -et lequel- avec les objets réels dont il est question et qui, eux, ont chacun leur unicité (par exemple, lorsque l'on parle des fleurs, en tant que catégorie générale -"les fleurs"- qu'est-ce que cela emporte lorque l'on considère une fleur, de telle variété, en particulier). Cette question, classique en philosophie, avait déjà trouvé, chez les Grecs, diverses réponses, au nombre de quatre: Platon pensait qu'il y avait correspondance entre les deux "mondes" du fait que la généralité, présente dans les catégories mentales de l'homme, se retrouvait aussi dans le monde réel (théorie du "réalisme ultra"); des philosophes, tenant d'un point de vue dit le "nominalisme", prenait le parti d'un parallélisme inverse (c'est dans le monde des représentations qu'il n'y a pas généralité mais diversité, comme dans le monde réel et les deux mondes sont donc aussi parallèles); les Stoïciens, eux, pensaient que les représentations générales existaient bien mais qu'il ne pouvait y avoir qu'incertitude sur les liens entre les représentations du réel et le réel (théorie du "conceptualisme"); Aristote, lui, pensait, sur un plan plus scientifique, qu'il y avait harmonie entre les concepts -généraux- et le réel -divers (théorie du "réalisme modéré")

Ce débat n'est pas anodin: si l'on n'admet pas que les concepts, les représentations mentales et générales sont possibles, on empêche, finalement, toute possibilité d'appréhension théorique, et donc scientifique, du monde voire toute métaphysique. On verse alors, dans un monde de l'individualisme à l'infini et de l'absence de toute idée et représentation générales, de tout principe possible (en terme de religion, le refus des universaux empêcherait toute base solide des religions et des dogmes, les soumettant à la variabilité permanente, au relativisme et au sujectivisme)

Les penseurs du Haut Moyen Age, qui perpétuent la pensée philosophique, n'ont cependant pas les moyens intellectuels de telles subtilités mais le débat reste sous-jacent, alimentant sans doute tous les débats autour du dogme et de l'hérésie. Les auteurs les plus nombreux, appelés des "réalistes" pensent qu'il existe bien des universaux et que tout objet réel en découle: ainsi Frédugise, Rémy d'Auxerre et Scott Erigène, qui se basent sur un auteur, Porphyre et sur Boèce. C'est la tendance dominante de l'époque et sans doute à tendance néo-platonicienne. Les partisans du point de vue inverse sont appelés les "nominalistes" ou "anti-réalistes": ils pensent que seul les objets du réel ont une existence, et pas les concepts, qui ne sont que pure théorie, allant donc dans le sens, eux, d'une forme de "matérialisme". Cette position des "nominalistes", cependant, doit essentiellement être perçue comme ce qui a permis l'évolution de la scholastique vers son achèvement, au XIIIème siècle. Tous ces débats -après d'ailleurs avoir généré des positions hérétiques de type panthéiste ou celles des Albigeois- via Abélard (vers 1100), qui théorise le rôle de l'abstraction, puis Jean de Salisbury (XIIème siècle, dans le cadre du développement des droits de l'Eglise), la scholastique finit, sous l'influence de l'incorporation contrôlée d'Aristote (en l'expurgeant des scories des traductions arabes d'Avicenne et Averroès), au XIIIème siècle par développer définitivement, sur la question des universaux, une théorie modérée, que l'on qualifie de "réalisme modéré thomiste aristotélicien". L'arrivée des pensées arabes et byzantines, à la fin du XIIème siècle, a amené, d'abord, une forte opposition à la scholastique (Siger de Brabant à Paris). Se maintiennent, à l'apogée de la scholastique, des néo-platonistes (Roger Bacon, Lull)

Pour les scholastiques, les objets de nos notions intellectuels -en fait les célèbres "idées" de Platon- n'existaient pas indépendamment des données individuelles venant de nos sens mais étaient considérés comme cette réalité. Celle-ci, en effet, se révéle aussi bien sous une forme abstraite, universelle et statique à l'intellect que sous une forme concrète, multiforme et dynamique à la perception sensorielle. Le problème que posent, en terme de religion catholique, ces réflexions philosophiques sur les vérités fondamentales de la vie et du monde est qu'elles sont en partie accessibles et en partie inaccessibles aux possibilités de la connaissance de l'homme. Et, finalement, elles questionnent profondément la vie des hommes et leur compréhension d'eux-mêmes et du monde. L'homme, par la raison, ne peut atteindre qu'un certain degré d'explication -ou de sagesse- mais la raison n'est plus d'aucune aide une fois tel(s) ou tel(s) point(s) atteint(s). Cela signifie donc soit que des limites existent, soit qu'alors, la métaphysique devient nécessaire. La Révélation chrétienne ayant donné une réponse définitive à ces questionnements fondamentaux, l'Eglise a donc toujours considéré tout effort philosophique indépendant comme une remise en cause d'elle-même

Les grands courants philosophiques après la scholastique

La question des universaux, venue de l'Antiquité, par le Moyen Age, et trouvant sa solution dans le réalisme modéré aristotélicien de l'apogée de la scholastique du XIIIème siècle, détermine ainsi largement tous les débats philosophiques ultérieurs: s'éloigner de cette solution modérée mène, d'un côté, par le conceptualisme et le nominalisme (dont les Stoïciens), au scepticisme et à l'agnosticisme, donc à une remise en cause de toute religion voire à l'empirisme et aux philosophies matérialistes et, de l'autre, par le réalisme ultra (platoniciste), à un idéalisme faux et au panthéisme

La fin du Moyen Age est marquée par des luttes qui opposent alors diverses écoles: les scholastiques, les scottistes (de Dun Scott), les ockhamiens (Guillaume d'Ockham; strict conceptualisme: les concepts existent, mais pas dans la nature (sinon par une représentation de l'esprit) et ils sont donc essentiellement utiles pour l'esprit), les averroïstes, etc. Puis la Renaissance voit se développer tout un ensemble de courants divers: des dialecticiens humanistes (Valla, Vivès), des renaissances de mouvements antiques (le platonisme, l'aristotélisme, le stoïcisme), des naturalistes (Giordano Bruno, Campanella), des penseurs (Thomas More ou Grotius) qui théorisent sur les lois naturelles ou sociales, le point commun de tous ces mouvements étant d'être ligués contre la scholastique et le catholicisme. Toutes les pensées de la Renaissance sont un négativisme, une "attitude contre". La scholastique ne se maintient, au XVIème siècle, qu'en Espagne mais ses praticiens ne la maîtrisent plus vraiment et elle finit par disparaître au XVIIème siècle

L'attitude destructrice de la Renaissance se continue par les volontés émancipatrices des dogmes et l'individualisme du XVIIème siècle: Descartes (spiritualisme fondé sur les données venant de la conscience), Malebranche, Spinoza, Leibniz et le sensualisme de Francis Bacon (les données de la connaissance ne viennent que des sens). Ce sera le sensualisme qui s'imposera comme la philosophie dominante du XVIIIème siècle et des Lumières (Hobbes, Locke, Berkeley, Hume, Condillac, les Encyclopédistes, Voltaire) et Rousseau le popularisera dans les masses, le tout sapant définitivement le catholicisme et menant aux grandes révolutions libérales. Ce sera Kant qui définira ensuite l'autre grand courant de la philosophie moderne: la "philosophie critique" (tout se ramène à la structure de l'esprit), amenant Fichte, Hegel, des panthéistes, Schopenhauer ou des individualistes. Le kantisme est essentiellement un conceptualisme, qui pense qu'il n'y a pas de lien entre le concept et le monde réel. Kant, lui-même, surtout en Angleterre, à partir de l'influence d'Auguste Comte, sera remplacé par le positivisme, qui est un nominalisme (Hume, Mill, Taine)

La question de la philosophie et de la religion

Après que les hindous aient lié religion et philosophie, que les Grecs, avec Socrate, aient tendu à se rendre indépendants de la religion, que Platon l'ait réincorporée et qu'Aristote en soit revenu essentiellement à l'indépendance (Dieu n'est que le premier moteur du monde) et, qu'enfin, le néo-platonisme, la religion revenant à la mode entre 300 avt. J.-C. et 300 ap. J.-C., ait de nouveau fondu la philosophie dans la religion (elle doit viser à unir l'âme avec Dieu par les pratiques mystiques), le catholicisme apporte une logique totalement nouvelle: le christianisme fournit les grandes réponses que s'étaient posées jusque là les philosophes mais, techniquement, il n'est pas une philosophie. Le grand tournant est amorcé: les Pères de l'Eglise, qui sont surtout des Grecs, sont influencés, bien évidemment, par le néo-platonicisme et le lien net entre philosophie et religion, mais la philosophie n'est plus désormais qu'un moyen d'argumenter pour défendre le catholicisme dans les grands débats fondateurs contre les hérésies. Cette conception restera celle du Haut Moyen Age: le néo-platonicisme au service de la religion, ce à quoi se ralliera même Erigène

Bien que Boèce ait fait connaître les divisions de la philosophie d'Aristote (dont celle des sciences de la théorie), le Haut Moyen Age ne connaîtra essentiellement que la division de Platon (en fait du néo-platonicisme) en logique, éthique et physique. Bien que théoriquement réduite à la dialectique, l'un des arts libéraux, la philosophie ne tarda pas à venir couronner l'ensemble des arts libéraux, devenant très à la mode à l'époque carolingienne et frôlant la pure technique (certains finissent par lui attribuer une valeur absolue et versent dans l'hérésie -Gottschalk, par exemple). Des problèmes théologiques mènent à des questions philosophiques (ainis transsubstantiation et substance). La théologie, cependant, reste bien évidemment la réflexion prioritaire. Tout, à l'époque, philosophie et sciences, reste incorporé dans l'Eglise même si la question des universaux, cependant, restent traitées pour elles-mêmes, en tant que questions seulement philosophiques, ce qui peut être dû à un problème d'"outillage intellectuel". Des débats, à partir du XIème siècle, se produisent entre opposants aux dialecticiens (Pierre Damien, réformateurs des ordres monastiques) et auteurs qui osent encore utiliser le raisonnement (les mécaniques de la philosophie) comme auxiliaire du raisonnement théologique (Lanfranc, St Anselme de Canterbury). L'apogée de la scholastique, avec les aquinistes, au XIIIème siècle, définit définitivement les rapports entre religion et philosophie: le raisonnement n'est que secondaire et n'est utilisé que pour confirmer les arguments d'autorité par les argumens de raison. On a là un strict retour aux méthodes apologétiques et aux Pères de l'Eglise des débuts. Le retour d'Aristote tient sans doute au fait qu'il donne la première place, dans ses catégories philosophiques, à la métaphysique. Les grandes "sommes" théologiques du XIIIème siècle restent de la théologie et ne sont pas de la philosophie. Ce strict point de vue, très augustinien, n'empêche cependant pas les scholastiques d'admettre que la philosophie a une forme de valeur indépendante qui lui permet d'être étudiée pour elle-même (on peut alors distinguer entre théologie scholastique (science du dogme, fondée sur les Ecritures) et philosophie scholastique (science fondée sur l'investigation rationnelle)). La philosophie est une science qui ne doit tirer son objet, ses principes et sa méthode que de ses ressources et pas d'une autre science, maintenant ainsi les positions modérées, réalistes, de la pensée catholique

L'évolution ensuite (ainsi Dun Scott, les Ockhamiens) accroît cette indépendance de la philosophie. Un mouvement, dit des "Averroïstes latins" (XIIIème, XIVème siècles) par leur aristotélisme averroïste, accentue encore la tendance, à la limite de l'irrespect de la théologie (ils restent cependant en-deça des vrais averroïstes arabes qui, eux, par exemple, voyaient l'Islam comme juste bon pour les masses). C'est ce lien subtil entre philosophie et religion que la Renaissance détruit (par un théisme, forme de naturisme appliqué même à la religion, par une forme d'oecuménisme précoce et mal compris, par l'indifférentisme qui gagne les catholiques à partir de l'influence des Réformés) et, finalement, cette indifférentisme de la Renaissance mène, aux XVIIème et XVIIIème siècles au mépris actif du catholicisme (théisme, déisme: une religion innée permet de construire une "religion naturelle" réduite à l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Bayle, en France, y ajoutera une vraie haine du catholicisme. Puis Voltaire). Le tout menant à l'athéisme et aux révolutions libérales

Supplément: quelques notions de bases sur les systèmes philosophiques non-occidentaux

Le monde occidental, essentiellement par le biais des routes du commerce, a pu être en relations avec des idées ou des concepts appartenant aux systèmes de pensée des autres régions du monde. En voici le bref aperçu:

Website Manager: G. Guichard, site Learning and Knowledge In the Carolingian Times / Erudition et savoir à l'époque carolingienne, http://schoolsempire.6te.net. Page Editor: G. Guichard. last edited: 8/1/2016. contact us at geguicha@outlook.com