logo du site et lien-retour vers la home page française image décorative 2, semblable à la précédente mais plus petite Les livres liturgiques à l'époque carolingienne arrow back

Le travail du "scriptorium"

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Les livres, avant l'invention de l'imprimerie, avaient une valeur immense et étaient des objets précieux. L'activité du scriptorium est une activité sacrée et le scriptorium est, physiquement, au centre du monastère (le plan de St-Gall le placera ainsi). La précision du scribe fera que les livres liturgiques ne contiendront pas de faute et que le prêtre pourra les lire sans problèmes pendant la messe. L'enluminure apparut d'abord dans le scriptorium du Palais et les livres enluminés sont ceux dont on fait cadeau. Alcuin et Théodulf sont réticents à ces illustrations qui distraient le prêtre. L'abandon du rouleau de papyrus au profit du codex est une innovation importante en termes d'histoire de la vie intellectuelle: alors que, jusque là, pour prendre des notes, il fallait que le texte fût lu par un esclave, le codex permet de lire et de prendre des notes en même temps, ce qui, dans le sens de l'époque d'ailleurs, permet un dialogue intérieur entre le texte et soi ainsi que la lecture silencieuse venue des Bénédictins. La copie des ouvrages, difficile, est une forme d'ascèse et on écrivait sur ses genoux, sur une planche ou une table. La presque totalité des auteurs antiques connus nous vient de 8000 manuscrits carolingiens

L'ensemble de la fonction d'écriture, dans un monastère, est assurée par un ensemble de fonctions et d'artisanats. Elle est dirigée, entre autres fonctions, par l'"armarius", le personnage le plus important de l'abbaye après l'abbé et le prieur et le sous-prieur. Du fait de la variété de ses tâches, l'"armarius" peut déléguer le contrôle des moines à un "magister" ou "praeceptor", voire "corrector". Le travail de copie se déroule dans un lieu spécifique où se concentre le travail et la conservation des ouvrages. Ce n'est qu'avec le plan de l'abbaye de Saint-Gall qu'apparaît le terme "scriptorium" pour désigner ce lieu et il faudra attendre le XIème siècle pour que l'usage s'en généralise. "Scrinium" semble plus utilisé. Cette salle n'est pas standardisée mais, d'une façon générale, les Bénédictins utilisaient une grande salle unique. D'autre part, si quelques dizaines de monastères pouvaient se consacrer à une production importante et de prestige, les autres monastères ne s'engageaient dans la production écrite que pour les besoins mêmes du monastère. Les bibliothèques des monastères, cependant, n'étaient pas à l'abri des vicissitudes de ceux-ci. Mais, lors de pillages, par exemple, les moines emportaient toujours, avec les reliques du saint fondateur -s'il en existait un- et les vases sacrés, cinq livres fondamentaux: le "Liber bonorum", liste des donations faites à l'abbaye, le livre de la fondation, décrivant la fondation du site, le livre des sépultures (des personnes qui voulaient être enterrées dans l'église), le Catalogue des abbés et, enfin, le Nécrologe, liste des décès des moines. Une fois les troubles passés, ou les moines obligés de s'installer en un nouvel emplacement, le monastère pouvait, sur ces bases, reprendre vie

Sur quoi écrit-on?

Trois supports ont utilisés pour écrire: les tablettes de cire, le papyrus et le parchemin. Les tablettes de cire sont des planchettes de bois ou d'ivoire évidées sur lesquelles est coulée une mince couche de cire de couleur noire, brune, verte ou rouge. Elle servent à noter divers textes d'usages éphémères soit pour l'activité de copie (prise de notes, brouillons), soit pour d'autres activités (comptes, exercices). L'utilisateur écrit avec un stylet de métal ou d'os dont un bout arrondi servait à lisser la cire pour une nouvelle utilisation. Les tablettes sont le plus souvent en buis et elles sont le plus souvent au moins doubles ("diptyques"), jusqu'à former des livres complets. Le papyrus, inventé en Egypte au IIIème millénaire avt J.-C., est utilisé dans les monastères jusqu'au XIème siècle car il est pratique. Appelé "carta", il sert aux généalogies, aux chroniques, par exemple. La longueur du papyrus est toujours organisée, comme dans l'Antiquité, en un rouleau mais qui, désormais, se déroule verticalement ("rotulus") et non plus horizontalement ("volumen"). La longueur du rouleau n'atteint plus les 10-12 mètres des Romains... On écrit, sur le papyrus, au roseau taillé, le calame. Le parchemin ne va se généraliser qu'à partir du VIIIème siècle. Rendu réellement utilisable à Pergame au IIème siècle avt J.-C., lors d'un "blocus" du papyrus à l'encontre de la ville, le parchemin est une peau d'animal traitée. Chèvres, chevreaux et moutons fournissent l'essentiel. Un mouton fournit deux feuilles 50cm x 34 cm et les abbayes ont leur cheptel. Le livre est ainsi un produit coûteux, d'autant que l'époque carolingienne aime les grands livres (une bible de 400 feuillets peut nécessiter 200 moutons!). Le parchemin s'écrit sur les deux faces et est très résistant, même aux insectes. Il s'utilise sous la forme du "codex", c'est-à-dire du livre (des feuilles pliées en cahiers qui sont reliés). Le palimpseste, enfin, est du parchemin ré-utilisé -dont on a effacé le texte, jugé obsolète voire sans intérêt, ou pour cause de pénurie ou de cherté. 103 palimpsestes, dont 45 textes classiques, existent déjà entre le VIème et le Xè siècles. Le papier, appris des Chinois par les Arabes et importé en Espagne, se propagea lentement en Europe mais son coût exorbitant amena que l'on continua d'utiliser le parchemin

Avec quoi écrit-on?

Calames et plumes d'oie, encre noire, table ou écritoire, tels sont les instruments de celui qui écrit. Le calame est un roseau dont la pointe est taillée en forme de plume, fendue et une lame de métal faisant ressort, d'un côté, sur le corps, de l'autre, sur la plume, retient l'encre. La plume est de préférence d'oie et est une plume portante de l'aile. Trempée, séchée, durcie, elle est taillée de façon spécifique: la partie supérieure est coupée et, le long de la tige, les barbules sont coupées et on ne laisse qu'un sommet de plume en forme à base de triangle. La pointe de la tige est taillée en forme de plume, avec une entaille centrale pour retenir l'écoulement de l'encre. La longueur de l'entaille détermine la largeur du trait. Plume et calame ont besoin d'être re-taillés fréquemment. D'où un autre accessoire: le canif ou un petit couteau. Plume, calame et canif sont rangés dans des étuis. Le couteau sert également à gratter le parchemin -effacement des fautes. Une règle permet au copiste de tracer les lignes de l'écriture ("réglure") et de définir son espace et celui des enlumineurs. Les copistes utilisent aussi parfois un rasoir ou une pierre ponce pour supprimer les imperfections des peaux. Les encres sont foncées (brun, gris, roux ou noir) et sont obtenues de diverses façons. Les plus communes, en Occident, lient du carbone -un pigment noir dérivé d'un produit calciné- et un liant (gomme d'arbre, huile, blanc d'oeuf ou gélatine). Le produit fini devient solide et, pour utiliser l'encre, on dilue l'encre, à la manière par exemple des bâtons d'encre chinois. On peut utiliser du noir de fumée mais aussi des sulfates (vitriol bleu) ou des tanins de métaux. On connaît aussi, à partir du VIIème siècle, l'encre métallo-gallique associant du fer aux tannins de la noix de galle. Les encres pour les lettrines, les titres ou certains passages du texte, la plupart du temps rouge (les passages deviendront les "rubriques", de "ruber" ou "rubrus", "rouge" en latin), sont faites à partir de pigments organiques d'origine végétale ou animale associés à un liant et un liquide. L'encrier peut être une corne de boeuf -que l'on place dans un trou de l'écritoire- ou un encrier (un flacon). L'encre refroidissait vite en hiver et il fallait la réchauffer souvent. Des chaufferettes, par temps humide, la séchaient sur le parchemin

Un livre, du parchemin au produit fini

Des artisans laïques ont préparé les peaux. Celles-ci ont été soit découpées en feuilles et conservées dans des coffrets, soit les moines vont eux-mêmes les découper. Ils vont ensuite -ou pas- plier chaque feuille. Une feuille pliée formera un cahier. Une feuille pliée en deux sera un in-folio, en quatre un in-quarto. Un in-folio aura des feuilles de 35-50 cm par 25-30 cm. On va ensuite décider du type du travail qui sera effectué: copie d'un ouvrage existant ou mise en livre d'une prise de notes. Le directeur du scriptorium va ensuite tracer le cadre du travail qui sera réservé à l'enlumineur. Le copiste (dit "librarius" ou "antiquarius") va définir à la pointe sèche les espaces des lettrines et du texte (les lettrines, lettres de début d'un texte qui seront ensuite enluminées, servaient de repère au lecteur car la pagination n'existait pas). Puis il se met au travail. On peut éventuellement lui dicter le texte. Calame ou plume d'oie, il travaille à main levée, c'est-à-dire que son bras ne touche pas sur le plan de travail. Un copiste peut écrire en moyenne quatre feuilles d'in-folio par jour. Mais le rendement est surtout fonction du nombre de copistes qui participent à un même ouvrage et, aussi, fonction de la qualité qui est demandée pour le manuscrit. On prendra, par exemple, un an pour une Bible, 166 jours pour 206 feuilles -soit 4 pages et demies par jour- dans le cas de la bonne calligraphie, sans enluminures, qui est exigée pour une collection canonique mais on prendre que 35 jours pour 182 feuilles -soit 11 pages par jour- pour la copie moins soignée d'un commentaire de St Jérôme sur le Livre de Jérémie. Un moine pouvait ainsi écrire une trentaine d'ouvrages au cours de sa vie. La renaissance carolingienne valorisera la fonction de copiste alors qu'elle pouvait alors être réservée aux moines qui ne pouvaient accomplir d'autres tâches du fait de leur âge ou de la maladie. Les copistes pouvaient même être analphabètes. Cela pouvait ralentir la copie. Le silence absolu dans le scriptorium est la règle. Des apprentis taillent les calames, portent les manuscrits ou changent l'encre. Le travail est pénible -l'ergonomie du poste de travail n'était pas garantie- et n'est pas interrompu par la froidure de l'hiver. Il faut alors que le copiste aille réchauffer l'encre -et lui-même- au chauffoir ou à la cuisine. Une fois la copie terminée et corrigée, augmentée de ses rubriques à l'encre rouge par un "rubricator", les cahiers passeront à l'enlumineur (le "pictor", le peintre); esquisse à la pointe sèche, plume d'aile de bécasse et encre, inspiration ou modèles, peinture au pinceau, repassage des contour à l'encre pour éliminer les débords et, finalement, rehauts à l'or ou à la couleur. Le doreur peut enfin intervenir. Le travail essentiel est terminé. Les cahiers passent à des artisans qui les assemblent, les pressent et les cousent. D'autres artisans couvrent ensuite le livre (avec de la peau de cerf). Des accessoires, enfin, peuvent être ajoutés: renforcement de la reliure, fermoirs, signets et des écrins ou couvertures améliorées peuvent, dans le cas des ouvrages de prestige, être réalisés par des orfèvres. L'ouvrage, alors, peut rejoindre la bibliothèque du monastère

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