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Economie et société à l'époque carolingienne

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Depuis les Grandes Invasions, et selon une tendance qui était déjà apparue, tôt, au moment de la décadence de l'Empire romain, l'essentiel de la vie s'est définitivement réfugiée dans les campagnes. On en est revenu à avant la Rome des grands capitaines du commerce et des villes où la plèbe était nourrie par les distributions de vivres et distraite par les jeux. Si de grandes routes commerciales continuent d'exister un temps, elles disparaissent rapidement ne laissant subsister que des circuits d'échange centrés sur l'Austrasie des Carolingiens puis de plus grands circuits du commerce qui, eux, ne seront qu'aux marges du monde des Francs. Les villes ne sont plus que de petites bourgades, imbriquées dans la campagne environnante. La majorité des 15 millions d'habitants de l'Empire carolingien, dont 10 millions en Gaule, sont, tout simplement, des paysans. Leurs vies, de la Germanie à la Gaule et à l'Italie, se déroule dans des espaces agricoles plus ou moins encerclés par la forêt, les espaces étant sans doute plus ouverts en Gaule et, a fortiori, en Italie. La forêt est le lieu des ermites et de la chasse. Un léger réchauffement climatique et une forme de stabilisation, malgré les apparences, à l'époque des Mérovingiens, ont amené un développement important de la population, avec des défrichements. Les grandes épidémies et les famines graves ne frappent plus. Les habitants de l'Empire sont soit, qu'ils soient gallo-romains ou francs, des hommes libres, soit appartiennent à une variété de statuts personnels: ils peuvent être des "colons", des demi-libres qui sont attachés à leur terre dont ils restent propriétaires mais qu'ils ont souvent donnée librement à un maître de domaine pour en recevoir plus de sécurité voire plus de terre; le colon suit le sort de ses terres. Les "lides" ou "lites", qui n'ont que l'usufruit de leur terre et qui ne possèdent pas la liberté de leur personne, paient pour marque de cette soumission, une redevance annuelle. Du VIIIème au IXème siècle, les colons (qui représentent l'immense majorité de la population), lides, esclaves, catégories les plus basses qui existaient déjès à l'époque mérovingienne, se fondent en celle des "serfs". Les esclaves tendent à disparaître, du fait des interdictions de l'Eglise et de la disparition des industries et ils se transforment en "servi casati', esclaves chasés, installés sur une terre ou en esclaves affranchis qui restent dans le patronage de leur ancien maître (ces anciens esclaves, désormais libres, sont une masse sociale de plus pour l'armée ou le tribunal). Ce statut nouveau rejoint celui des lides et des colons voire celui d'hommes ayant utilisé la "commendatio" au bas de l'échelle sociale, mais, numériquement, l'ensemble reste encore assez faible. Ces serfs peuvent être propriétaires mais ils doivent surtout un service important à leur maître (le "dominus"); leur manse servile, de superficie moindre, est assujetti aussi à des charges plus lourdes. Les serfs finissent par être attaché héréditairement à la terre, à leur tenure. Les serfs, à partir du XIème siècle, verront leur statut s'entre-influencer avec celui des paysans libres, les "vilains" des futures seigneuries. D'une façon générale, ces concepts de statut personnel, du fait qu'une grande majorité de populations sont insérées dans l'économie des grands domaines, tendent à s'affaiblir au profit de la précision des redevances dues par les terres qui sont soit "libres" soit "serviles". Des libres peuvent tenir des terres serviles et inversement. Les mariages entre personnes de différents statuts ont également brouillé la situation et la tendance, enfin, des Carolingiens à ramener la pyramide des obéissances à eux accentue l'uniformisation des statuts. On est de plus en plus dans la logique qui va des Grands et des clercs, aux plus petits vassaux et aux paysans des domaines qui appartiennent aux précédents, dans cette pyramide, de type pré-féodal, par laquelle est de plus en plus structuré l'Empire carolingien. Subsistent encore, cependant, en nombre, en-dehors des domaines, les "alleux", qui sont des terres dont les petits propriétaires ont su sauvegarder l'indépendance. D'une façon générale, on note aussi que les Grands tendent à faire pression sur les libres pour accaparer leurs terres et à augmenter partout les redevances. Cette tendance à l'uniformisation du peuple de l'Empire se marque également par l'inflexion apportée aux lois "nationales" qui tiennent encore compte de l'origine ethnique de tel ou tel, Franc salien, Franc ripuaire, Burgonde, Alaman, etc. On tend de plus en plus, par le jeu des capitulaires, à uniformiser le droit

Les campagnes

Ce sont les grands domaines qui composent la structure fondamentale, en terme d'exploitation des sols et d'organisation des populations. Malgré un dynamisme des villages indépendants au VIIIème siècle, ceux-ci disparaîtront entièrement au IXème siècle. Le grand domaine prend le nom de "potestatis" et ses habitants celui de "homines de potestatis". Le système des manses se fragilise et les manses sont divisés alors qu'aucune amélioration technique n'intervient sauf celle de la jachère triennale et non plus biennale. Il n'y a pas de défrichages et la forêt gagne. Les grands domaines peuvent être soit -rarement- les grands domaines romains qui ont été anciennement versés au trésor royal, les grands domaines royaux nés d'un patrimoine varié, souvent augmenté par la conquête et les grands domaines des grands du royaume qui présentent les mêmes caractéristiques de variété quand à leur âge et leur origine. Les grands domaines peuvent, à l'époque, être encore tenu temporairement, à titre de bénéfice donné par le roi, ou être la propriété personnelle de leur détenteur. Le maire du palais austrasien puis l'empereur carolingien sont les plus grands propriétaires fonciers des territoires du monde franc. 1000 à 2000 ha semble la superficie moyenne de ces grands domaines, que l'on appelle aussi des "fiscus" (unité fiscale); cette superficie équivaut à la surface de ce qui deviendront les paroisses. Les terres sont encore exploitées au VIème siècle via la villa de type gallo-romain, par des centaines d'esclaves mais la disparition des sources de l'esclavage commence d'amener une mutation vers l'exploitation par des tenanciers. A l'époque carolingienne, la transition est achevée: l'exploitation des domaines se fait selon un système qui structure les hommes: le maître du domaine conserve, autour de son habitation, l'exploitation directe des terres, dite "terra indominicata" . Il a attribué à titre héréditaire les autres terres du domaine à des paysans sous la forme de petites parcelles, que l'on appelle des manses, ou "terra mansicata". Les terres du maître sont mises en valeur par des paysans sans terre (ainsi des serfs) et par les journées de travail dues par les tenanciers des manses pour prix de leur manse. Ces travaux sont ceux des grands moments de la vie agricole: labour, moissons, vendange, bûcheronnage, charrois. Les tenanciers doivent également des redevances en argent ou en nature, tels par exemple que les travaux d'entretien d'une route locale ou d'un pont ainsi, pour certains, qu'un "cens" annuel, une somme en argent, regognitif de la dépendance de leur manse. Ces travaux et ces redevances sont fonction de la nature de la terre qu'ils tiennent; les terres serviles doivent plus (surtout de lourdes redevances en travaux agricoles) que les terres libres (lesquelles doivent souvent le charroi car elles possèdent un attelage). Cette façon de mettre en valeur les terres agricoles carolingiennes se démarque de l'époque mérovingienne où le modèle romain du grand domaine, encore largement servile et les paysans libres groupés en village, composaient encore largement le paysage du monde franc. Il semble que ce modèle carolingien vienne de comment étaient exploités les domaines austrasiens et l'on parle, habituellement, pour marquer ce passage, de l'émergence du modèle carolingien des "villas". Le poids des travaux à effectuer n'est pas encore excessivement imposé, les tenanciers pouvant s'en exonérer par un paiement en argent ou la réalisation de travaux d'artisanat au profit du maître. Les journées de travail dues interfèrent souvent avec la mise en valeur de leur propre terrain. Ce syst`me, qui vaut pour les Gaules et le pays franc, varie selon les régions: dans la Saxe récemment conquise, les villae sont plus grandes et également des unités administratives alors que la réserve n'est cultivée que par des esclaves, les tenures étant exemptées de corvées; en Lombardie, idem mais les serfs disposent d'un lopin et les tenures doivent une partie de leurs récoltes

Comment la vie, concrètement, s'organise-t-elle dans les campagnes des domaines? Au centre, la résidence du maître, de ses domestiques et des paysans attachés à ses terres. Autour, la "curtis", la "cour": gros matériel agricole tels le moulin à eau ou le pressoir; à côté le verger et le potager. Un peu plus loin, les terres exploitées directement par le maître: les terres elles-mêmes mais aussi les granges et celliers et les ateliers des artisans (la villa est également, avec ses artisans, un lieu de production: forgerons, armuriers, selliers, fabricants de boucliers, cordonniers, charpentiers, ma¸ons, tourneurs, tailleurs, fourreurs, gantiers, parcheminiers, etc. et les femmes tissent) et les vignes et prés alentours; le tout se complète de bois et landes. Plus à l'écart, avec les habitats des paysans-tenanciers groupés en villages, les champs, la plupart clairement délimités soit par des bornes, des fossés, des haies ou des palissades, fonction de ce qui y est cultivé ou élevé. Aux marges ou mêlés au terroir, la forêt et les étangs. Font partie, stricto sensu de l'"indominicatum", la maison du maître, la grange, les celliers, les ateliers, les terres arables du maître, les terres à usage collectif et les bois et prés. Que produit-on? Du blé d'abord et les céréales, les paysans ne produisant souvent le froment, céréale d'élite, que pour les redevances et cultivant les céréales plus pauvres (seigle, épeaûtre ou sarrasin) et les pois et fèves pour eux. L'avoine, autre céréale, se cultive pour les redevances. Les plantes textiles -le lin, le chanvre- constituent aussi les champs. On ne connaît pas encore vraiment la jachère régulière sauf dans les domaines les plus techniquement avancés comme ceux de l'Eglise. L'enrichissement ne se fait que par enfouissement des chaumes car la fumure des animaux est en trop petite quantité et réservée au jardin potager; on connaît cependant le marnage ou le chaulage. Mais le fer étant trop cher, les socs ne sont qu'en bois, ne labourant pas profondément et les chevaux n'étant pas ferrés ce sont les boeufs qui mènent la charrue. Les vignes sont l'autre élément important du paysage. L'élevage se pratique sur certaines parcelles -limitées puisque les peu de rendements nécessitent beaucoup de terres pour les cultures- ainsi que dans les forêts. Chevaux, pour la guerre, boeufs pour les attelages, moutons pour la laine, ainsi que vaches, chèvres et brebis pour le lait et le fromage sont les animaux d'élevage. Un jardin potager et une basse-cour viennent compléter -y compris pour la cour du maître- les cultures de plein champ. Le maître, en sus, dispose d'un verger. Pour ce qui est de la production des céréales, on passa de 0,7 hl/hectare au IXème siècle (ou 1,6 grain pour 1 semé) à 4 au XIIIème siècle, ce qui fut dû au collier d'épaule (qui apparaît vers 800) et à la charrue lourde qui permirent les semailles serrées. Pour ce qui est des produits rares (sel, huile, lin) on verra des domaines acheter des terres au loin pour produire ceux-ci

Finit donc par se retrouver sur la table des maîtres et des paysans une nourriture variée, sauf les variétés qui ne viendront qu'avec la conquête des Amériques au XVIème siècle: les céréales (donc le pain), les légumes du potager (donc la soupe: raves, navets, chou, citrouille, fèves, pois chiches); le lait; le porc -viande et charcuterie essentielles puisqu'on ne tue boeuf ou mouton qu'épisodiquement lorsqu'ils sont réellement remplacés par les naissances et la croissance des jeunes); les volailles (oeuf surtout pour les paysans, poules, canard, oie pour le maître), fruits du verger pour le maître (pommes, poires, cerises, prunes, etc.), des bois pour le paysan. Les fromages. Vin, cervoise (l'ancêtre de la bière), cidre, poiré et autres jus sont les boissons. Pour le vin, on n'utilise pas encore la bouteille, qui n'apparaîtra qu'au XVIIème siècle et pour les bouchons des tonneaux, on n'utilise que des tampons de bois et de chanvre, ou de lin huilé; le bouchon de liège, inventé par les Etrusques était oublié (il ne réapparaîtra qu'au XVIème siècle). Les épices d'Orient fournissent les condiments du maître; ail, oignon et autres herbes aromatiques ceux des paysans mais on n'utilise encore le persil que comme plante médicinale. On cuisine à l'huile de noix dans le Nord et l'huile d'olive dans le Sud, avec le miel et le vinaigre aussi. Le sel vient des marais salants de l'Atlantique et de la Méditerranée; plus au Nord, on pratique l'évaporation, au feu, de l'eau de mer. La chasse pour le maître, la forêt pour le paysan et lui, les étangs (ou la mer), fournissent des compléments utiles: gibier noble, fruits et racines, miel; poisson séché ou salé. La forêt, de plus, fournit le bois de construction, du mobilier, de chauffage et les autres besoins paysans et artisanaux. L'étang ou les oseraies donnent l'osier. Les ateliers produisent des toiles, lainages et outils. On s'éclaire aux lampes (huiles) bougies (cire) et torches de bois résineux. Les vêtements sont ceux du peuple franc: braies, chemise, bandes molletières, tunique et cape et sont relativement indifférenciés pour les hommes et les femmes. On vit -sauf le maître du domaine qui habite des maisons de pierre- dans d'agréables maisons de torchis aux toits de chaume, plus rarement dans des maisons de pisés avec bardeaux au Nord ou de pierres sèches et tuiles au Sud. Chaque famille a 2 ou 3 enfants vivants et les défrichements montrent qu'il y a sans doute augmentation de la population globale; ceci amène d'ailleurs un certain manque de main d'oeuvre

Les villes, phénomène marginal

La civilisation romaine -comme la grecque- était une civilisation de la ville. La présence romaine en Gaule et jusqu'en "Bretagne", en Espagne ou sur les limes du Rhin et du Danube a donc eu comme conséquence la construction de villes à la romaine. Villes spécifiquement construites comme telles -indépendamment ou auprès d'un oppidum gaulois, par exemple- ou villes développées à partir de la présence, par exemple, d'un camp des légions. Les villes romaines, à partir des désordres qui apparurent vers 230 et durèrent tout le IIIème siècle -les désordres se perpétuant au IVème siècle et a fortiori au moment des Grandes Invasions, au Vème siècle- se sont retranchées de leurs quartiers périphériques et se sont recentrées sur le centre, derrière des murailles improvisées avec des matériaux pris aux constructions abandonnées. Ces murailles et la superficie qu'elles englobent sont le "castrum". La christianisation du monde romain fait que c'est le "quartier cathédral" -l'église de l'évêque et quelques autres églises et bâtiments religieux- qui représente désormais le centre du castrum. On peut, de temps à autre, aussi trouver une grande abbaye, hors les murs, la plupart du temps située près de la tombe du saint local. 2000 à 3000 habitants composent la population de la ville. Les villes, avec l'effondrement des circuits commerciaux, n'ont plus leur grandeur d'antan et deviennent, sauf exception, des lieux de vie comme les autres, au même titre que les villas et villages des campagnes. C'est la campagne avoisinante qui fournit à la ville ses moyens de subsistance. Les marchands et les artisans des villes s'organisent en associations professionnelles. Partout, dans l'ancien monde romain, les villes ont décliné. Dans les Gaules et dans le pays franc, on a déconstruit des murailles. Sur les fleuves sont apparus des "portus". En Germanie, une vingtaine de "Königshöfen" -un "burg" et un "vicus"- assurent la sécurité des routes; elles se sont donc éloignées du modèle romain et se sont organisées autour du château et de l'église. Les villes sont parfois le siège d'une activité commerciale. La renaissance carolingienne, cependant, fait que l'on tend à rénover les villes. La ville, malgré cette marginalisation, n'en reste cependant pas moins le siège du comte et de l'évêque, donc le lieu symbolique du pouvoir. Peu à peu, au IXème siècle, apparaissent des confréries, des ghildes ou "collectes", groupements en vue d'un but collectif et qui obtiennent des droits collectifs, des "communia"

Un commerce d'Austrasiens puis de Vikings

C'est l'historien Pirenne, dans les années 1920, qui avait affirmé que c'étaient les invasions arabes qui avaient interrompu le commerce méditerranéen au VIIème siècle; d'autres vues estiment qu'il y avait déjà, à l'époque apparition d'un nouveau centre du commerce, sur les rivages de la mer du Nord, dont les bénéficiaires étaient les Frisons qui commençaient de commercer jusqu'en Baltique (fourrures, ambre, draps, minerai d'argent, etc.) voire de prendre contact avec l'Orient via les terres russes et la Caspienne. Le nouveau commerce de Frise, de plus, préféra les pièces d'argent et, passé l'an 700, on n'allait plus frapper de monnaie d'or pendant 600 ans en Gaule. Une politique de défrichement aux VIIème et VIIIème siècles accrut ce déplacement du centre de gravité. Ce serait donc ce dynamisme au Nord qui aurait détourné l'Occident des relations avec l'Orient puis serait devenu la zone commerciale exclusive à l'époque carolingienne: de grandes abbayes (dont les surplus alimentent une grande partie du commerce) acquièrent des biens dans la région de Quentovic, le port, en Gaule, du commerce du Nord, et y exigent des charrois; le vin, le blé, l'artisanat, les armes de la Seine, de la Meuse et du Rhin se tournent vers la mer du Nord, la Cornouailles, les confins slaves et les foires d'octobre de Saint-Denis deviennent connues

L'autarcie des grands domaines participe d'une idéologie: on doit vivre de la terre et être auto-suffisant. Ce privilège donné à la terre contribuera aussi aux clientèles: la terre c'est le pouvoir. Les grands domaines sont autonomes du fait de leurs artisans alors que ceux des villes s'effacent. On connaît encore quelques architectes et joaillers que l'on se prête. Seule la Frise connaît une véritable production, celle du textile et on n'est même pas sûr que celle-ci n'ait pas été partie du système domanial. Finalement, ce ne sera qu'au Xème siècle qu'existeront deux centres commerciaux réels: Venise (et ce qui reste d'Italie byzantine) commerçant avec l'Islam et les Normands en mer du Nord et en Baltique, qui commercent avec Angleterre et Russie. Ce ne sera finalement qu'avec les Croisades qu'on redécouvrira la Méditerranée. Les grands circuits commerciaux, héritage de l'Empire romain, se sont affaiblis dès le VIème siècle. Avant l'époque carolingienne, ce sont les "Syriens" -on nomma ainsi tous les Orientaux, indistinctement- qui monopolisent le trafic entre les royaumes d'Occident et l'Orient: tissus, ivoires, métaux ouvragés, bijoux, manuscrits et les influences -et pas seulement commerciales- circulent aussi par les pélerins de Terre Sainte et les moines venus d'Orient. On peut encore trouver, dans le monde franc, des soieries, de l'ivoire, du papyrus, des épices ou l'encens ainsi que les dattes. Au VIIème siècle, tout cela décline rapidement; les rives sud de la Méditerranée sont désormais occupées par les Arabes qui refusent tout commerce avec l'Occident et, lorsque des relations pacifiques s'établissent, la piraterie continue de paralyser le commerce. La rupture arabe, par ailleurs, sépare définitivement, en matière commerciale, Byzance de l'Occident. L'Occident se referme sur lui-même. On tend vers, déjà, une forme d'autarcie de l'Europe de l'Ouest: la cire d'abeille remplace l'huile d'olive, le parchemin remplace le papyrus et les marchands du Levant disparaissent; les épices et la soie sont chères. Déjà, aussi, l'argent devient la monnaie de référence en Europe; il n'est pas accepté par l'Orient. Les débuts du déclin du commerce en Occident, au VIème siècle, sembleraient aussi s'accompagner d'une première apparition d'un circuit du commerce centré le long de la Meuse, venant des ports de la mer du Nord, qui commercent avec l'Angleterre et les pays scandinaves (ce qui explique sans doute la puissance acquise par la Neustrie puis l'Austrasie). De plus, à l'époque, le Rhin reste un axe commercial non négligeable entre l'Italie et la mer Baltique. Le ralentissement des échanges se marque cependant par la disparition de la frappe de la monnaie d'or et la dispersion des ateliers monétaires, signe du ralentissement du commerce à longue et moyenne distance

vignette-lien vers une carte des routes commerciales à l'époque carolingiennecliquez pour une carte des routes commerciales à l'époque carolingienne

Avec l'arrivée des Carolingiens, les Austrasiens, par mentalité, regardent vers le Nord et l'Est et la conquête arabe, de plus, dont les pirates rendent la Méditerranée peu sûre, fait perdre les routes de l'Orient. En économie, le souverain agit par la morale (interdiction de l'usure, par exemple) et la frappe de la monnaie (de 100 ateliers monétaires sous Pépin, on passera à 30 sous Charlemagne, situés dans des villes vraisemblablement situées elles-mêmes près de mines d'argent). Mais on reste surtout dans une économie de troc, l'économie monétaire connaissant son plus bas pour longtemps. Les anciennes routes romaines restent le maillage de base. On parcourt 10km/jour avec des boeufs, 30-35km avec des chevaux (sans collier d'épaule) et, en général, on utilise un mélange de transport fluvial et de parcours terrestre. Les marchés locaux sont nombreux mais moindre les foires avec produits exotiques. Il subsiste encore de grandes routes du commerce avec Byzance, la mer Noire et le monde arabe soit par les ports italiens, soit par les Rhadanites, ces grands marchands juifs qui ont pris la place des Syriens. Certains soulignent que le commerce et l'esprit d'invention, à l'époque, n'étaient pas aussi moribonds qu'on le pense habituellement. Mais les Austrasiens, gens du Rhin et de la Moselle, font apparaître un commerce totalement nouveau, entre Angleterre, Frise, Rhin et Danube, sur les terres même des Francs ou celles qu'ils contrôlent. Une livre d'argent (vers 326 g) vaut 20 sous, un sou vaut 12 deniers. La prédominance de l'argent en tant que moyen de paiement est nommée le "monométalisme argent" et correspond à une économie d'échanges très localisée. Ce "grand" commerce carolingien se fait donc avec le Nord et les zones rhénanes, allemandes et danubienne par le biais de marchands frisons ou anglo-saxons -ces derniers assurent les liens entre le Sud de l'Angleterre et la Normandie, qui, par le littoral de la Manche du Nord, commercent aussi avec la Frise. Nantes et Noirmoutiers commercent avec l'Irlande. Maastricht, Duurstede, Rouen, Boulogne sont les places de ces circuits. Des marchands frisons et anglais descendent jusqu'à Marseille pour échanger leurs tissus contre la céramique et le verre. Des endroits tels Verdun, Dinant, Namur voire St-Denis ou Amiens relaient vers la Flandre et l'Angleterre voire la Rhénanie les produits de l'intérieur (ainsi les vins de Bourgogne). Ce sont la plupart du temps des monastères qui sont le point de départ de ces routes puisque sont vendus à l'étranger les excédents (blé et vin) des domaines. Les places commerciales font l'objet de prélèvements en taxes par les souverains et sont des lieux d'évangélisation pour les moines. Des places d'intérêt local, enfin, sont les lieux éventuels où se pratiquent quelques échanges locaux. Là, seuls les comtes interviennent car ils connaissent mieux l'échelon local. Les commerçants sont de grands marchands professionnels pour ce qui est des Anglo-Saxons et des Frisons. Ils ont installé des comptoirs le long de leurs routes commerciales. Il existe aussi de plus petits marchands voire des colporteurs. Depuis les monastères, pour l'exportation des excédents agricoles, ce sont des hommes -colons ou serfs- des domaines qui conduisent charrois et barques. On continue d'utiliser les vieilles routes romaines. Les cols alpins, le Grand St-Bernard, le Montcenis, qui donnent sur l'Italie, ont court-circuité l'ancien axe de Marseille au Rhin par le Rhône et la Saône. Venise est le point d'aboutissement des cols et commence sa fortune au détriment des anciens ports de l'Adriatique. On utilise aussi les cols pyrénéens (Roncevaux, Tourmalet, Somport). D'Angleterre, l'Empire carolingien, manquant de métaux, importe du plomb et de l'étain ainsi que des draps. On prise aussi les draps de Frise. Les marchands vikings, au Nord apportent les fourrures de Russie et de Scandinavie (martre, vair, hermine, zibeline, ours, loup) que l'on aime beaucoup, au détriment des produits locaux (mouton, renards, lapin, castor, belette). L'ivoire vient toujours d'Orient, l'ambre de la Baltique. L'Empire exporte le blé en surplus des domaines et les vins de Bourgogne, de Moselle et du Rhin, du miel, de la garance

A partir d'après 750, les Frisons sont en déclin bien qu'ils aient progressé en matière de bateaux pouvant emporter beaucoup de tonnage. Les routes décrites ci-dessus restent relativement les mêmes mais des circuits importants tendent désormais à se déployer aux frontières: Baltique des Vikings, Elbe des Slaves, marches du Danube libéré des Avars. Les Frisons et les Scandinaves (en fait les Vikings -Danois, Suédois- qui, avant d'être pillards, sont marchands), au IXème siècle, contrôlent la Baltique et les ports de Hedeby (au Danemark, une zone de portage entre Baltique et mer du Nord en évitant les dangers du contournement du Jutland), Birka (en Suède), Reric voient partir des bateaux chargés de fourrures de castor et de martre à destination des ports de l'Elbe (Hambourg -créé par Charlemagne- Bardovik), de la Weser (Brême) ou du Rhin (Dorestadt); les Frisons remontent même le Rhin et ont des comptoirs à Cologne, Mayence, Worms, ou Strasbourg. Par les portages des sources de la Volga et du Dniepr, les Suédois, via le pays des Rus -que, sous le nom de Varègues, ils colonisent- gagnent la mer Noire et jusqu'à la Caspienne. Birka ou Hedeby sont les grands emporiums vikings ainsi que Västergarn sur l'ile de Gotland. Avec ces gens du Nord, le monde carolingien achète de l'ambre, les fourrures et les cuirs de Russie voire des produits qu'ils ramènent de leurs contacts avec l'Orient arabe et ses marchands: cornaline, soie chinoise. Les Nordiques achètent des draps de laine, du vin de Rhénanie, des produits de bronze et de verre. Sur l'Elbe slave, Magdebourg commerce avec les centres métllurgiques des rives de la Baltique. Pour le Danube et l'Europe centrale, les trafics sont contrôlés par Ratisbonne. Malgré ce renouveau, jamais le commerce avec Byzance depuis Venise ne remontat dans l'Empire franc. Comme auparavant le commerce fait l'objet de taxes et de tonlieux mais les Carolingiens connaissent mal ces nouveaux grands circuits d'échange dont on ne perçoit que les points d'aboutissement dans l'Empire ou attenant à lui. Le seul commerce sous contrôle est celui du sel en Lombardie. On peut aussi se préoccuper d'éviter les disettes, ce qui évoque aussi le maintien d'un commerce local et occasionnel, qui ne va jamais plus loin que les régions avoisinantes; un capitulaire de 744 forçait même les évêques à ouvrir un marché dans leur ville de résidence mais ces marchés furent rares ou peu fréquentés. Mais surtout, par contre, on se soucie des voies de communications: d'une part, les ponts, certaines routes, etc. permettent que l'empire prèl&egra,ve;ve ses taxes et tonlieux (qui, d'une certaine façon viennent suppléer le tarissement des butins venant des conquêtes, dont la phase est désormais essentiellement terminée) et les ponts permettent également des communications plus rapides, sur un plan stratégique). La campagne avar, par exemple, qui pour partie a emprunté le Danube, a fait naître l'idée de joindre le Rhin au Danube, ce qui, de plus, permettrait de faire se rejoindre les routes commerciales du Danube et celles du Rhin mais la célèbre entreprise des "fosses carolines", un canal de 2 km entre l'Altmühl, un affluent du Danube et la Regnitz, un affluent du Main, entre Ratisbonne et Bamberg, n'aboutit pas car le terrain sujet aux ruissellements fait s'écrouler les berges et on n'avait pas prévu qu'il aurait fallu élargir et canaliser la Regnitz

Le repli du commerce, dans le monde carolingien, sur le coeur austrasien, cependant, ne doit pas faire oublier que, du VIIème siècle à l'an Mil, se perpétuent, depuis l'Europe occidentale, les grandes routes des Radhanites, ces routes d'un grand commerce vers l'Orient et l'Extrême-Orient, tenues par des marchands juifs et qui, par les voies maritimes de la Méditerranée ou les voies terrestres de l'Espagne et de l'Afrique du Nord, maintiennent ce lien commercial entre Empire carolingien et jusqu'aux mondes de l'Inde

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